ENTRETIEN

CONVERSATION AVEC LA CHOUETTE

Connaissez-vous la Chouette du cinéma ?

Ce drôle d'oiseau est tout droit sorti de l'imagination d'Arnaud Demuynck, auteur-scénariste-réalisateur-producteur et depuis peu éditeur, a qui l'on doit notamment Le parfum de la carotte et La chouette, entre veille et sommeil, sorti ce mercredi 19 octobre sur les écrans. Arnaud est un peu l'homme orchestre du cinéma d'animation ! Jamais à court d'idées ni d'inspiration, dirigeant mille projets en même temps, ce qu'il aime avant tout, c'est raconter des histoires aux enfants et voir scintiller de petites étoiles dans leurs yeux.

C'est donc pour s'approcher au plus près de son public qu'il a créé et donné vie à la Chouette.

 

Il faut savoir que dans l'Antiquité, la chouette était l'animal totem d'Athéna, la divinité protectrice d'Athènes, berceau de la démocratie. Elle est donc à la fois symbole de la sagesse et protectrice de la liberté de penser. Elle vient de très loin et connaît toutes les histoires que les gens se racontent, que les parents racontent aux enfants, depuis la nuit des temps.

 

Benshi et la Chouette ont beaucoup de points communs. Ils sont tous deux des passeurs d'images, de rêves et d'histoires. Benshi sélectionne les films qu'il aime tout particulièrement pour les partager avec les petits cinéphiles, pendant que la Chouette du cinéma recueille des histoires pour les raconter aux enfants sous la forme de courts métrages. Ils ne pouvaient que bien s'entendre !

Benshi a donc profité de la sortie de La chouette, entre veille et sommeil, pour l'inviter à discuter autour d'un café et faire un peu mieux connaissance.

 

Morceaux choisis de conversation entre la Chouette et Benshi :

 

Bonjour la Chouette !

 

Bonjour Benshi !

 

Dans La chouette, entre veille et sommeil, tu racontes plusieurs histoires aux enfants sous forme de courts métrages. Comment sélectionnes-tu les films qui composent le programme ?

 

Je suis une voyageuse dans la tradition littéraire et théâtrale. Comme je connais vraiment beaucoup d'histoires, je récolte celles que j'aime bien et je les rassemble sous forme de programme de courts métrages. J'avais envie de faire vivre aux enfants plusieurs aventures très différentes en un seul programme de cinéma. C'est ce que permet le court métrage.

En même temps il faut qu'il y ait une ligne éditoriale forte entre les films. Il y a à chaque fois des thématiques qui rassemblent les films, ou alors des esthétiques, des musiques... ou plusieurs ingrédients à la fois !

Le premier programme, La chouette, entre veille et sommeil parle des rituels du soir ou du matin, les histoires qu'on se raconte entre enfants ou celles que les parents racontent à leurs enfants pour s'endormir.

Dans toutes les histoires que je raconte, j'aime bien qu'il y ait des origines différentes. Par exemple, Compte les moutons est l'adaptation d'un livre de Mireille d'Allancé, Une autre paire de manche est une histoire complètement originale et contemporaine de Samuel Guénolé et les trois qui suivent viennent de la tradition orale, des contes de tous les temps : La moufle est un conte traditionnel russe, La soupe au caillou, un conte traditionnel français, et La galette court toujours un mélange entre la chanson J'aime la galette et le petit bonhomme en pain d'épice de Roule Galette. Après, pour chacun, il y a une forme d'adaptation.

 

Tu accompagnes les enfants tout au long de ce programme. Tes apparitions entre les films créent une sorte de fil conducteur qui maintient l'attention des enfants. C'est aussi une petite respiration.

 

Exactement. Quand l'histoire est finie, il y a de l'échange, ils me parlent. C'est un moment où ils parlent aussi aux parents, où les parents parlent à leurs enfants. J'ai observé que pendant les films, souvent, il y a quelque chose qui se passe entre les enfants et leurs parents, pendant le générique en particulier. C'est pourquoi j'attache une grande importance aux génériques des films, pour sortir tout doucement d'un univers avant de les réinviter vers un autre. Ça crée vraiment une circulation d'énergie dans le public, ça marche bien. Ils me répondent à chaque fois. Il y a vraiment quelque chose de très vivant.

 

Tous les courts métrages de ce programme sont des films d'animation, réalisés avec des techniques différentes. Tu as sans doute eu la chance et le plaisir de rencontrer les réalisateurs de ces films, de les regarder travailler ? Peux-tu nous en dire plus ?

 

Bien sûr ! En effet, les quatre réalisateurs utilisent des techniques très différentes, et c'est aussi ce qui fait la richesse de ce programme.

Dans le premier film, Compte les moutons, c'est une animation en dessin animé traditionnel, à la Disney.

La réalisatrice de La moufle, Clémentine Robach, elle, a été formée à l'illustration. Elle a un univers graphique très fort. Sa technique, c'est le papier découpé. Pendant des mois, elle a cherché le bon papier, le bon tissu, découpé, déchiré, pris en photo et mis en animation. Contrairement aux deux premiers films qui sont vraiment du dessin animé très « classique », La moufle a été réalisé au traditionnel banc-titre. Elle travaille avec des caméras, des appareils photo, un ordinateur. Et après avoir travaillé pendant des mois sur du découpage papier qu'on met sur une vitre, avec plusieurs niveaux souvent pour les décors, on anime image par image. C'est plusieurs mois de préparation, plusieurs mois de tournage, et plusieurs mois de post-production pour rajouter par ordinateur des animations comme les cheveux, la neige...

Pour La soupe au caillou, Clémentine a de nouveau utilisé le papier découpé, mais numérique cette fois ; ce qu'elle avait fait sur banc-titre, elle l'a fait à l'ordinateur. Du coup elle a pu développer un univers visuel, un travail avec la lumière, qui est assez original. Mais pour la création, elle est quand même passée par ce qu'elle connaît, c'est-à-dire le papier. Elle a d'abord dessiné, colorié, scanné, et une fois qu'elle avait ses images sur ordinateur, elle les a retravaillées avec des univers lumineux.

Même si on travaille sur ordinateur, à l'origine il y a quand même de la recherche papier, avec de l'encre, de la gouache. La plupart des réalisateur viennent d'univers plutôt traditionnels.

Par contre, La galette court toujours, est totalement numérique. Tout s'est fait tout de suite sur ordinateur, même la recherche. Il n'y a même pas eu de passage par un story-board. Toutes les voix ont été enregistrées avant et toute l'animation se fait ensuite sur le montage de voix. C'est beaucoup plus spontané que les autres projets.

Ce sont des démarches différentes, certaines sont très longues, d'autres beaucoup plus rapides.

 

Tu proposes aussi des livres, en plus des films...

 

Les livres sont très importants pour se construire sa propre histoire. Il y a une forme de liberté dans le livre. Avec le cinéma, on a une proposition rythmique, sonore, un flux, dans le livre on a une appropriation personnelle du temps et de l'observation, et ça je trouve ça extrêmement précieux. Après une séance de cinéma, les enfants ont envie de repartir avec quelque chose pour retrouver les histoires, les univers, mieux comprendre ce qui s'est passé. Ils ont envie de repartir avec un morceau de film.

En plus de leur impression traditionnelle, les albums sont accompagnés d'une édition numérique, dans laquelle ils pourront retrouver des voix, des musiques, ... Mais attention, je ne veux en aucun cas que ça ressemble à un film. Le plus précieux, c'est le temps qu'on se donne à soi-même de regarder. C'est un peu une prolongation. Je suis très contente d'offrir aussi la possibilité de retourner à l'écrit, au papier, au partage dans un fauteuil. Entre veille et sommeil, c'est les parents, dans le lit ou dans un fauteuil avec un livre.

 

En plus de lire et d'écouter les histoires que les parents racontent à leurs enfants, est-ce-que tu regardes (ou écoutes) aussi les films au cinéma ? Pourrais-tu recommander un film que tu as tout particulièrement aimé, qui t'a marqué, et que tu aimerais partager avec nos petits cinéphiles ?

 

Mes références dans l'animation ce sont Les Aristochats, Le livre de la jungle, les Disney d'antan.

Mais bien sûr je vois aussi tous les longs métrages d'animation, français et internationaux. Je crois que la plus grande émotion que j'ai eue c'est La jeune fille sans mains (sortie nationale le 14 décembre 2016) !

 

C'est aussi un de mes coups de cœur !

 

Pour moi, c'est bien plus qu'un exploit, c'est un chef d'oeuvre ! C'est même très étonnant que ce film ait été possible. C'est extraordinaire comme travail de la part de Sébastien Laudenbach. Ce qu'il a fait là est au-delà de toute attente possible, en terme artistique et graphique, du point de vue du conte traditionnel. Tout est réussi : la musique, les voix, la mise en scène, l'animation. Mais ce film est plutôt pour les plus grands, à partir de 8-9 ans.

Après il y a d'autres films merveilleux mais pour moi celui-là est un choc visuel et émotif.

 

Tu reviendras au cinéma avec de nouveaux programmes en 2017. Peux tu nous parler de ce que tu prépares pour la suite ?

 

Le programme qui va sortir en mars, La Fontaine fait son cinéma, c'est tout-à-fait autre chose. On est sur d'autres types d'esthétique, on est sur de la comédie, du cartoon, on est sur les fables de La Fontaine détournées et donc l'origine des fables. Il y a plusieurs petits films inspirés de la tradition orale indienne et africaine, pour qui les fables étaient un moyen d'enseigner la sagesse aux enfants.

Je suis un peu plus bavarde entre les courts métrages dans ce programme pour justement ouvrir sur ce qu'est la fable. Ce sont des choses qui échapperont aux tout petits mais n'échapperont pas du tout aux enfants de 5-6 ans.

Voilà, je rassemble les histoires autour de thèmes, cette fois ce sont les rituels, la prochaine fois ce sera les fables. Pour le 3e programme, Le vent dans les roseaux (sortie octobre 2017), les cinq films ont tous une héroïne. On se pose donc la question du genre et des jeux, de la place des femmes et des filles. La musique aura une place très importante, et plus précisément la flûte, qui traverse les cinq films. Ce programme parle aussi d'une liberté donnée : une liberté qu'on se donne, une liberté qu'on offre aux autres. En fait, Le vent dans les roseaux est né d'une question d'une enfant de quatre ans et demi qui demandait à son papa « c'est quoi le printemps arabe ? ». Et son papa lui a répondu en lui écrivant un conte. Cette histoire est jolie...

On sera donc dans des thèmes de conte un peu plus nocturnes, un peu plus sombres.

 

Merci beaucoup la Chouette !

On se retrouve très vite, notamment pour le prochain programme La Fontaine fait son cinéma qui sort le 21 mars 2017.

 

 

> Plus d'infos sur la fiche film de La chouette, entre veille et sommeil

 

> La Chouette met également à disposition du public, gratuitement, tout un tas de petites activités sympas à réaliser après la projection : des masques à colorier et à fabriquer, des coloriages, des jeux et plein d'infos sur les films : http://www.lesfilmsdunord.com/menus-bonus

> Retrouvez également toutes ces activités sur le site de la chouette du cinéma, ainsi qu'une boutique en ligne pour vous procurer les livres et e-books.

> Sinon, les livres de La moufle, La galette court toujours et La soupe au caillou sont disponibles sur la boutique en ligne des éditions interactives L'Apprimerie, ou en version numérique, disponibles sur le site Carte à lire