Yoyo

  • De 

    Pierre Etaix

  • 1965-01-01

  • 92 min

  • France

L'histoire de Yoyo commence dans les années 1920. Un richissime jeune homme s'ennuie à mourir dans son immense château, entouré de ses domestiques. Dans ses moments de solitude, il songe à son amour de jeunesse, une belle écuyère, qu'il n'a pas su retenir. Un jour, un cirque s'installe dans son domaine. Il retrouve son écuyère et découvre son propre fils, le clown Yoyo, mais il les laisse continuer leur route. Survient la crise de 1929, qui le met sur la paille. Il décide alors de rejoindre son amoureuse et son fils. Tous trois vivent alors des années de bonheur, donnant des représentations, de village en village, jusqu'à ce que la seconde guerre mondiale éclate. Yoyo est mobilisé. À la libération, Yoyo retrouve sa vie de clown, connaît un succès triomphal grâce au cinéma et à la télévision, et peut enfin réaliser son rêve : restaurer le château de son père. Un soir de festivité mondaine, à dos d'éléphant, Yoyo quitte finalement le grand monde pour retourner vers celui du cirque.

Voir plus

L'avis de Benshi

Il y a plusieurs films dans Yoyo : d'abord un grand film burlesque, traité (presque) comme un film muet, dans la grande tradition des Chaplin et Keaton. Ensuite, le film devient parlant, sans renoncer à sa veine comique, pour s'achever dans un style, qui serait satirique, s'il était moins mélancolique. Le cirque y est omniprésent, ce qui en fait un film proche de l'univers de Fellini. Ces différents airs de famille pourrait nous faire croire que Yoyo est un film hétéroclite. Il n'en est rien, les passages d'un film à l'autre se font naturellement, puisqu'ils sont liés à l'histoire du XXe siècle, ainsi qu'à l'histoire du cinéma et celle du music-hall.

Yoyo est un film d'une immense richesse et c'est aussi, simplement, l'histoire d'une famille de saltimbanques. Le père et le fils, successivement, éprouvent les joies du spectacle vivant et l'ennui dans les salons mondains. Le monde du cirque leur amène sincérité et bonheur, tandis que la richesse matérielle et la réussite sociale les enferment dans la solitude. Les femmes, elles, ont d'emblée choisi la piste, que ce soit la mère ou l'amoureuse de Yoyo.

Le premier temps de Yoyo est tourné comme un film muet, à ceci près que la bande son est constituée de bruitages ! Dans les vastes pièces qui résonnent, les vieux meubles, les portes, les fauteuils, les chaises craquent, grincent, crissent. C'est un véritable concerto ! La vie au château est ritualisée. Chaque journée amène son long cortège d'occupations les unes plus ennuyeuses que les autres, mais chacune plus drôle que l'autre ! Des gags en cascade !

Avec la vie de bohème, vient le son ! Lorsque le père rejoint le duo Yoyo et sa mère, c'est un miracle de les entendre se parler naturellement. La vie à trois est harmonieuse, rythmée par la route, les représentations et l'enseignement du français et de l'histoire au jeune Yoyo. La guerre est une fracture violente qui sera suivie par l'avènement de la télévision, qui menace le spectacle vivant et le cinéma. Yoyo traverse ces bouleversements, s'en tire provisoirement, atteint le succès, mais n'est pas heureux pour autant. À la vie monotone de son père au château se substitue sa vie affairée d'un homme de spectacle. Mais Yoyo est bien décidé à trouver le bonheur.

Voir plus
Voir moins

A partir de quel âge

Dès 6 ans sans aucune restriction !

Voir plus
Voir moins

Les bonnes raisons

  1. Pour le rire et la poésie
  2. Pour les gags en cascade
  3. Pour les joies du cirque et celles de l'enfance

Voir plus
Voir moins

Informations complémentaires

Pierre Etaix fut acteur, cinéaste, clown, dramaturge, magicien, gagman, musicien, dessinateur ! Né en 1928, il débute dans des cabarets et music-hall. En 1953, subjugué par Les Vacances de M. Hulot de Jacques Tati, il lui écrit puis le rejoint comme gagman, story-boarder, assistant réalisateur et acteur, pour la longue préparation et le tournage de Mon Oncle. En 1961, il réalise son premier court métrage, Rupture. Suivront un court et cinq longs métrages. Un coup du sort et des complications juridiques firent qu'il ne disposa pas des droits de ses films durant plus de 10 ans, et que leur redécouverte fut tardive, en 2009. Ses films ont alors été restaurés et sont ressortis sur les écrans et en DVD dans un coffret complet grâce au distributeur Carlotta. En 1974, Pierre Etaix fonda avec sa femme, Annie Fratellini, l'école nationale du cirque. Sa carrière d'acteur le mena de Bresson à Iosseliani, en passant naturellement par Fellini et Kaurismaki. Il s'est éteint le 14 octobre 2016.

Pierre Etaix interprète l'aristocrate mélancolique de la première partie, le père, puis il interprète aussi le fils, Yoyo ! À la manière des grands burlesques, comme Tati, on le retrouve devant et derrière la caméra. Mais Pierre Etaix est clown avant toute chose. Il a quatre ans lorsqu'il découvre le cirque et cette révélation n'aura de cesse de le nourrir dans sa vie d'artiste et dans son oeuvre. À travers ses dessins, son jeu, ses films, c'est sa vision de clown, aussi joyeuse que désenchantée, qui s'exprime. Pierre Etaix joue avec le cinéma comme un poète le fait avec les mots, il jongle, il fait rimer les images. Yoyo est un film d'une douceur sans égale, d'un humanisme aussi fou que le monde est fou. Yoyo nous aide à regarder le monde.

Voir plus
Voir moins

Rédigé par :

Réalisateur

Pierre Etaix