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Fiche rédigée par  Agnès Avatar de Agnès

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Synopsis

Un berger qui aime beaucoup sa bergère peut-il résister à l'amour d'une vraie fée qui lui offrirait tous ses trésors, son château de cristal, son château d'argent, son château d'or, ses elfes obéissants, son pouvoir magique, l'immortalité, et mille plaisirs qu'il ne soupçonne pas ?

Et la bergère, qui aime aussi beaucoup son berger, peut-elle briser le mauvais sort que la fée abat sur lui ?

Qui des deux femmes détient le plus grand pouvoir magique  ?

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L'avis de Benshi

Résistance et amour sont les deux lignes directrices qui guident ce conte. 

Aimer, est-ce offrir les plus grands pouvoirs de beauté et de puissance à celui sur qui on a jeté son dévolu, ou est-ce garder confiance dans le simple amour reçu ?

Résister, est-ce répondre mot pour mot, est-ce s’adapter aux obstacles ou est-ce créer toujours, - créer, crier, jouer, danser - envers et contre tous, même contre le temps qui passe ou le sommeil éternel ?

Ces enjeux, qui parcourent toute l’oeuvre de Michel Ocelot, sont immédiatement incarnés dans ce film court par des silhouettes d’une rare élégance, découpées avec une finesse d’orfèvre et une grande ingéniosité dans un simple papier à dessin noir, ce qui rend le récit accessible pour tous, dès le plus jeune âge.

Matériau minimum, effet maximum : chaque geste, mouvement, habit, décor est à la fois réduit à l’essentiel et diffuse une multitude de sensations. Comme le suc d’un parfum face à une eau de toilette, Michel Ocelot n’a pas besoin d’en mettre beaucoup pour nous faire sentir intensément la force du récit et la présence des corps - étreinte des bergers qui se prennent dans les bras, danse des clochettes, battements d’ailes du dragon, apparition en étoiles de la fée, fleur dans la coiffe de la bergère, …

Un oeil qui s’entrouvre un instant, un profil qui se tourne de face le temps d’une seconde, et l’on ressent immédiatement la colère, la peur ou la joie qui traversent les héros.

Le choix des voix qui incarnent chaque personnage participe de cette douceur envoûtante par le timbre et le débit spécifiques de chacun, révélant ainsi de l’intérieur la « chair » de ces ombres mouvantes, avec une musicalité subtilement relayée par le tempo du montage.

S’il a trouvé l’inspiration dans un des contes de terroir recueillis par Henri Pourrat (écrivain auvergnat ayant rassemblé toute la littérature orale de sa région), il n’en demeure pas moins que M. Ocelot confère à Bergère qui danse une portée bien plus universelle, que les images renvoient à chaque instant : inspiration balkanique d’une tunique, mouvements de danse indienne, ou coiffure à clochettes proche des tonsures à l’iroquoise du pays de Kirikou, cet autre grand résistant qui traverse son oeuvre.

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Pour quel public ?

Qu'on se le dise : il n'y a pas d'âge pour aimer ce film. Certes, les plus petits apprécieront dès 5 ans la simplicité de l'histoire et l'expressivité des silhouettes, mais aucun spectateur enfant ou adulte ne restera indifférent face à cette lutte brève, succincte et rusée de deux êtres qui veulent s'aimer au delà de la mort.

Bonnes raisons de voir le film

  • Pour la discrète sensualité qui émane des mouvements, des voix et des apparitions
  • Pour l'élégance des dialogues et la force de l'histoire réduite pourtant à l'essentiel
  • Pour la beauté des silhouettes dont chaque détail polarise l'essence des personnages et de leurs sentiments

Infos complémentaires

Ce court métrage est une suite de la collection « Ciné Si », série initialement proposée à la télévision en 1989 sous forme de 8 épisodes dont le principe était le suivant : trois amis se retrouvent, inventent, se documentent, se déguisent et deviennent les héros de contes merveilleux. Tous les soirs on rencontre donc les mêmes personnes et les mêmes décors. Mais une fois les amis sur scène, c'est un court métrage autonome qui est montré. 

Ceci donnait la possibilité à la TV de rester dans le cadre d’une série qui fidéliserait son public, et à Michel Ocelot de proposer des histoires différentes à chaque fois. 

Le support d’animation par découpe de papier noir étant simple à manipuler et peu onéreux, cela lui conférait une liberté d’expression exceptionnelle dans l’élaboration de ces films, tout en maintenant une image stylisée et intense.

C’est pour cela qu’il y reviendra avec grand plaisir après les succès internationaux de ses Kirikou, conçus en animation 3D avec une équipe et des financements beaucoup plus lourds, moins mobiles.

Ce sera tout d’abord en 2000, avec la sortie au cinéma de Princes et Princesses, qui reprendra 6 des 8 contes de la série « Ciné Si », mais n’inclue pas encore Bergère qui danse. Conçue pourtant en 1992, elle n’apparaitra dans le dvd Les trésors cachés de Michel Ocelot qu’en 2008.

Michel Ocelot renouvelle ce plaisir en 2010 avec la série des 10 contes de Dragons et Princesses, cette fois tout numérique, mais dont la règle du jeu était de conserver l'innocence, la simplicité et la gaieté de l'antique papier à découper. La fabrication informatique lui permet alors de créer des décors rutilants qu’il ne pouvait pas obtenir avec les décors translucides en Canson aquarelle : « La palette numérique permet toutes les orgies, auxquelles nous nous sommes livrés sans retenue » affirme ainsi celui qui maintient pour autant son spectaculaire talent de conteur.

Il ira même jusqu’à croiser la perception en relief des décors multicolores (stéréoscopie) avec les silhouettes plates et noires des personnages dans Les contes de la nuit, en 2011, regroupant six de ses contes d’antan qui avaient été injustement boudés par la TV, puis Ivan Tsarevitch et la princesse changeante (2017), qui en regroupe 4 autres.

À quand un long métrage parcourant une seule et longue histoire jouant avec ces magnifiques ombres de papier, des astuces innocentes et de la vraie lumière ?

Pour aller plus loin

Le site de Michel Ocelot, où l’on peut consulter ses croquis, ses dessins, et plus encore : https://www.michelocelot.fr/#presse

La réédition des milliers de contes dont s’est inspiré M. Ocelot pour ce film : Le trésor des contes - Henri Pourrat (Editions Presses de la cité - 2009)

Les archives d’Henri Pourrat : collectes orales et de sources écrites pour l’élaboration de ses contes. https://www.bibliotheques-clermontmetropole.eu/overnia/theme.php?id=743&path=740;743

La scène de la danseuse indienne dans Le Fleuve de Jean Renoir (1951) dont Michel Ocelot a pu s’inspirer pour l’animation de Bergère qui danse (lui qui affirme avoir adoré La Grande Illusion) : https://www.youtube.com/watch?v=dnaz8SrOlzE

Un film précurseur de l’animation en silhouettes découpées, par Lotte Reiniger, Les aventures du Prince Ahmed (1926 ) : https://videopress.co/v/Z4gmvghO

Site fouillé sur les ombres chinoises et le théâtre d’ombres, et aide pour l’élaboration d’un spectacle : http://ombres-et-silhouettes.wifeo.com/contes.php

Une interview de Michel Ocelot réalisé par Benshi à l'occasion de la sortie de Ivan Tsarevitch et la princesse changeante : https://benshi.fr/actu/entretien-avec-michel-ocelot/43