Frankenstein Junior

Frankenstein Junior

Réalisé par Mel Brooks
Durée : 1h45
| 1974 | Etats-Unis
Ma note :

Synopsis

Non, non et non ! L’éminent scientifique Fronkonstine ne marchera pas sur les pas de son défunt grand-père, Victor Frankenstein, célèbre pour ses macabres travaux. Lui se consacre, au contraire, à des études sérieuses, au système nerveux, pas à la mort ! Mais, quand un certain Gerhart Falkstein arrive de Transylvanie pour remettre, à celui qui maquille son nom de Frankenstein à Fronkonstine, le testament de son ancêtre, le destin pourrait bien le rattraper…

 

 

 

L'avis de Benshi

Frankenstein Junior est un film qui fait date dans l’histoire du cinéma, dans le genre parodique. De séquence en séquence, le genre fantastique et d’horreur classique, et, à travers lui, la figure du scientifique mégalomaniaque et sa folle création sont tournés en dérision. L’envers de la parodie est l’hommage que Mel Brooks rend au mythe de Frankenstein et sa créature, comme le réalisateur Roman Polanski rend hommage au mythe de Dracula avec Le Bal des Vampires. Intertextualité, humour absurde, clins d’œil cinéphiles, jeux de mots, mise en abîme fiction/réalité traversent, ainsi, le film de Mel Brooks.

Dès le générique de début et la séquence d’ouverture, les codes du film de genre sont installés. Le décor du manoir isolé, perché sur une colline, à l’unique fenêtre éclairée dans une nuit noire, le son romantique d’un violon, le tonnerre qui gronde, une atmosphère sombre et inquiétante, constituent des éléments typiques du fantastique. Mais lorsque le spectateur, par un effet de zoom et un travelling, pénètre dans le château, le fantastique est tourné en dérision : l’horloge indique minuit mais 13 coups se font entendre, le grincement insistant du cercueil qui habite le squelette du savant Frankenstein, à qui il est bien difficile d’ôter une caissette des mains, nous indiquent que le rire est bien au programme.

Dès son arrivée en Transylvanie, le professeur Frederick Fronkonstine va inévitablement marcher sur les pas de son ancêtre… Le film nous invite, par le détour de la parodie, à nous faire réfléchir à la figure du monstre : qui est, en effet, le plus monstrueux ? Créateur ou créature ? La scène de la création du monstre est restée célèbre, notamment pour la formule « It’s aliiiive » frénétiquement lancée par le savant Frederick Fronkonstine, yeux exorbités et cheveux dressés sur la tête.

L’ensemble des scènes qui relatent l’évasion du monstre sont, elle aussi, célèbres : amusez-vous à comparer la scène de rencontre entre la fillette et la créature, celle de sa rencontre avec l’ermite (inspirée du Fils de Frankenstein de Rowland V.Lee, film culte des années 30) dans la version de Mary Shelley, les films des années 30 de James Whale et certains films des studios Hammer qui utilisent aussi le personnage du savant !

Les personnages secondaires sont, eux aussi, savoureux : le serviteur bossu nommé Igor (à prononcer Aïgor -comme Eye-Gore- pour faire aussi original que son maître !) aux yeux globuleux, Inga la laborantine trop sexy pour le rôle, Frau Blücher, la vieille gouvernante qui garde jalousement les secrets du célèbre Frankenstein qu’elle admirait autant qu’elle en était éprise.

La parodie installe un jeu entre réalité et fiction, ancien et moderne, plus subtils que pourraient l’être de simples anachronismes. On peut penser notamment à la création du monstre par Frederick Fronkonstine deux siècles après son ancêtre. L’utilisation du sceptique inspecteur Kemp au bras articulé est délirante pour introduire l’univers policier dans le genre fantastique. Igor, vêtu d’un ciré jaune au moment d’activer l’électricité le soir pluvieux de la création, a aussi une bosse qui change de côté selon les scènes. La femme de Frederick, en diva déjantée, fait entrer l’univers du spectacle avec une tonalité baroque dans un décor fantastique.

L’humour absurde du film (on peut penser au hennissement des chevaux au nom de Frau Blücher) rappelle l’humour des Monthy Python. L’acteur Marty Feldman qui incarne Igor, le serviteur bossu, faisait d’ailleurs partie de cette bande de comiques britanniques.

C’est la dernière partie du film qui s’éloigne le plus du récit initial…mais chhhuuut ! Je ne vous en dis pas plus !

Le jeu d’intertextualité est bien, dans ce film, particulièrement savoureux. Accompagner votre enfant dans ce réseau de références peut recouvrir l’idée d’un parcours à la fois ludique et passionnant : au-delà de l’humour du film, c’est, en effet, tout un ensemble de références littéraires et cinématographiques que le film traverse. Depuis le livre de Mary Shelley, en passant par les films de James Whale, jusqu’aux films de la Hammer, ou encore de plus récentes adaptations, mais aussi un clin d’œil au film King Kong, un beau parcours culturel vous attend !

 

 

 

Pour quel public

Pour les références à un ensemble de films et un humour absurde qui défie les règles de la logique, le film n’est peut-être pas toujours accessible aux plus jeunes. Nous le conseillons donc plutôt à partir de 10 ans. Commencez par la parodie avant de voir le classique de James Whale, ou procédez en sens inverse pour observer avec votre enfant comment l’humour se distille dans les scènes ! Le spectacle de théâtre à la fin du film ramène aussi à l’exhibition de King Kong dans le film éponyme, autre film culte des années 30. À vous de choisir votre parcours !

 

Bonnes raisons d'aller voir le film

1
Pour découvrir la parodie d’un film de genre, entre hommage et rire
2
Pour les références littéraires et cinématographiques autour desquelles la parodie se construit
3
Pour rire des personnages de Fronkonstine/Frankenstein, de Igor/Aïgor et de la créature
4
Parce qu’après avoir vu le film, vous saurez que Frankenstein est le nom du savant, et non celui de la créature, qui, elle, est monstrueuse car justement, elle n’a pas de nom !

Infos complémentaires

Sur les 31 adaptations dont le roman Frankenstein de Mary Shelley fait l’objet, le Frankenstein de James Whale est la première à faire date dans l’histoire du cinéma, en 1931. Pour l’anecdote, le nom de « Frankenstein » viendrait d’un château situé près d’une ville allemande où Mary et son mari ont voyagé.

Mel Brooks, de son vrai nom Melvin Kaminsky, est un réalisateur, acteur, producteur et scénariste américain, né à New-York en 1926. Sa carrière est marquée par le sceau de l’humour : dès ses débuts, Mel Brooks travaille comme comique aux côtés de Woody Allen, il crée pour la télévision la parodie d’un film d’espionnage puis remporte un oscar avec un court métrage parodique sur l’art moderne, The Critic. Il fait la rencontre de l’acteur Gene Wilder (qui incarne Frederick dans notre film) qui deviendra un proche collaborateur sur de nombreux autres films. Dans les années 80, Mel Brooks continue de travailler au sein de sa société de production Brooksfilm sur des films variés, avant de revenir, dans les années 90, à son domaine de prédilection, la parodie.

Le film Frankenstein Junior a été tourné dans le même château et le même laboratoire que le Frankenstein de James Whale de 1931. La plupart du matériel de laboratoire utilisé comme accessoires, également créé pour le film de Whale, se retrouve dans le film de Mel Brooks. Le réalisateur a réalisé le film en noir et blanc alors que la couleur était largement utilisée, en hommage aux films des années 30 dont il s’inspire.

Les références aux premières adaptations du mythe de Frankenstein, Frankenstein, La Fiancée de Frankenstein et Le Fils de Frankenstein sont nombreuses dans Frankenstein Jr.

Nominé aux Golden Globes et aux Oscar en 1975 (son, acteurs, scénario adapté), le film obtient le prix du meilleur réalisateur, du meilleur film d’horreur, du meilleur maquillage, des meilleurs décors et du meilleur second rôle masculin (Marty Feldman pour Igor, le bossu) lors de l’Académie des films de science-fiction, fantastique et horreur en 1976.

Le film est aussi l’occasion pour vos enfants de découvrir le mythe de Prométhée. Le personnage mythologique est d’ailleurs associé au titre du roman de Mary Shelley, Frankenstein et le Prométhée moderne, publié en 1818. Dans la mythologie grecque, Prométhée est ce personnage qui crée des hommes à partir de restes de boue transformés en roches, il est aussi celui qui vole le feu sacré aux dieux. Par ses actes, il modifie les règles du vivant sans en avoir la permission, et fait ainsi preuve de démesure (l’hybris en grec). Pour cette faute très grave, Zeus l’enverra dans le Tartare, cette partie des Enfers habitée par les mortels qui ont défié les dieux. Le châtiment de Prométhée sera d’être éternellement attaché à un rocher sur le mont Caucase, son foie se faisant dévorer par un aigle.

D’autres références littéraires du côté du roman de Mary Shelley : le tableau The Nightmare de Henri Fuseli aurait inspiré Mary Shelley pour la description du corps mort d’Elizabeth après le meurtre de la créature. Enfin, Le Paradis perdu de John Milton et Les Métamorphoses d’Ovide ont été une source d’inspiration importante pour la quête désespérée du monstre.

 

 

 

Pour aller plus loin

Ce dossier pédagogique est une mine de renseignements sur le Frankenstein de Mary Shelley et de Mel Brooks :

http://www.splendor-films.com/components/com_flexicontent/uploads/dossier-pedagogique-avec-vignettes-5mo.pdf

Si le mythe de « Frankenstein » offre l’occasion d’une exploration du monde scientifique et de la figure du monstre, il revêt aussi l’idée d’une critique des apparences et des préjugés. Il dialogue spontanément avec des films comme Métropolis, Edward aux mains d’argent, ou encore Éléphant man.

Pour vos jeunes enfants, vous trouverez en bibliothèque ou en librairie, des versions abrégées et parfois dessinées de Frankenstein, d’après Mary Shelley, le roman initial constituant une lecture davantage accessible aux lycéens.

Le site Babelio conseille une vingtaine de titres autour de l’entrée « Frankenstein » http://www.babelio.com/livres-/frankenstein/21969

 

Fiche rédigée par Marie

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