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Kwa Heri Mandima

  • De Robert-Jan Lacombe
  • 2010
  • 10 min

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Catégorie : Documentaires   Le sens de la vie  

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À partir de 7 ans
Poster de Kwa Heri Mandima

Fiche rédigée par  Agnès Avatar de Agnès

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Synopsis

C’est l’instant unique, fugace et précieux des au revoir.
Ce jeune garçon sur la photo, prêt à monter avec sa famille dans l’avion qui l’amènera en France, mesure-t-il à cette seconde qu’en quittant cette immense plaine verte zaïroise, entouré de tous ses copains du village, son identité va prendre un nouveau virage ?
Lui, africain d’enfance, sent-il déjà qu’il va devoir grandir comme un blanc parmi les blancs, à plus de 6000 km du soleil qui lui donnait l’illusion d’être, lui aussi, un noir ?

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L'avis de Benshi

Dès les premiers instants, le superbe sens du rythme dont fait preuve le réalisateur nous permet, petits et grands, de plonger immédiatement dans ce qui nous est donné à voir, la photo, puis à entendre, le récit. 

La vue plate et panoramique du cliché fondateur, pris par le père au moment des adieux, prend alors du relief et devient le terrain cartographique des souvenirs, émotions, accidents et joies de son enfance.

Avec des moyens minimums (une voix, une image), Robert-Jan Lacombe fait remonter à la surface une densité inouïe de sensations enfouies. Le tour de force est d’autant plus grand qu’il ne ponctionne que des détails épars pris peu à peu dans une image qui, par essence, ne pourrait à elle seule rassembler dix ans de vie enfantine.

La voix du narrateur est à la mesure de ce qu’essaime le film - sobre, sensible, allant à l’essentiel -, tout en ouvrant sur une multitude de questionnements : qu’est-ce que l’amitié ? Qu’est-ce que se sentir noir ou blanc ? Qu’est-ce que se sentir d’ici ou d’ailleurs ? Qu’est-ce que se sentir déchiré entre deux cultures ? Et, au final, qu’est-ce que passer d’un âge à un autre ?

En interrogeant toutes les séparations des individus en eux et entre eux, le montage rend directement palpables ces frontières paradoxalement invisibles. Le paroxysme est atteint de façon très émouvante dans ce raccord final entre les photos - qui par définition immobilisaient les corps - et l’unique plan en mouvement de tout le film. Le décollage de l’avion renvoie ainsi au « décollage » de l’image fixe à l’image en mouvement, tout comme au déchirement de cette frontière fragile entre deux appréhensions du monde, deux âges, deux pays, deux regards sur un seul écran : celui de la réminiscence du souvenir avec celui de la distance prise pour en décoller.

En un temps très court le film qui condense la situation d’un garçonnet en particulier, dans un lieu très précis, avec des archives uniquement familiales, réussit pourtant à nous faire partager l’universalité des sentiments qu’il dégage. Il va même jusqu'à nous donner la sensation profonde d’être passé par là nous aussi, quand bien même nous ne soyons ni garçon, ni âgé de dix ans, ni zairois, ni fils d’expatriés hollandais, et d’avoir été un jour ce petit enfant d’un autre continent arraché à ce qu’il croyait pourtant être son pays natal éternel. 

Ce pays, c’est l’enfance.

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Pour quel public ?

Dès 8-9 ans, pour suivre avec attention le récit et les questionnements du narrateur ; dès 10-11 ans pour mesurer le pas décisif que l’entrée dans l’adolescence qui pointe peut provoquer.

Bonnes raisons de voir le film

  • Pour le plaisir de trouver de la douceur au-delà de la tristesse, et de la force à travers la mélancolie
  • Pour sentir l’immédiate reconnaissance qui existe entre les enfants, au-delà de leurs racines
  • Pour pressentir ce que signifie dire au revoir à son enfance

Infos complémentaires

Mandima, dont le film tire son titre, est un petit village du nord-ouest de la République Démocratique du Congo, qui s’appelait encore le Zaïre quand le réalisateur y est né, en 1986. « Kwaheri », signifie lui « au revoir » en swahili, qui est une des langues bantoues parlée par plus de 50 millions de locuteurs dans toute l’Afrique de l’Est.

Comme il le relate dans son film, R-J Lacombe a poursuivi ses études en Suisse, après son départ du Zaïre en 1996, juste avant que la guerre éclate. 

Après avoir étudié dans un institut « biblique et missionnaire » situé à Saint-Légier (l'institut Emmaüs) au sein d'une formation intitulée « Pratique et éthique de la communication » (un apprentissage que l'on peut rapprocher de son engagement humanitaire qui l'a fait voyager pendant deux ans), il passe en 2008 par l’école d’art ECAL, École cantonale d'Art de Lausanne qui possède un département « Cinéma » en plus de celui d’art visuel, de photographie ou de design graphique.

Il était encore étudiant dans cette école lorsqu’il a réalisé Kwa Heri Mandima en 2010, dont le succès a dépassé les frontières nationales : il a été primé dans les prestigieux festivals de Locarno, Sao Paulo, Palm Springs, Milano, Chicago, Belo Horizonte, Duisburg, München, ou encore New York.

L’année suivante, en 2011, il présente un nouveau documentaire, Retour à Mandima, de 40 minutes. Cette fois-ci, il n’est plus question de remémoration de son enfance à partir de photos. 15 ans après son éloignement il retourne sur place, sur les traces de ses racines, de sa maison natale, et de ses amis d’alors - Watumu, Amosi et Hangi - pour un voyage personnel qui ne fera pas l’économie de la douleur qu’une guerre insensée a laissé, et des sourires des retrouvailles. Que sont-ils devenus, adultes ? Rien n’a changé, et tout a changé à la fois.

Pour aller plus loin

Le second film du réalisateur, Retour à Mandima, dans lequel on retrouve les personnages du court métrage avec 15 ans de plus et des parcours bien différents : https://vimeo.com/78240764

Petit pays : prix Goncourt des Lycéens 2017 et premier roman de Gaël Faye, connu jusque-là comme auteur-compositeur-interprète. Fils d’expatrié français et de mère rwandaise, qui a vu lui aussi la douceur des premières années bouleversée par la guerre, relate dans livre, son enfance au Burundi. Pour les plus grands.

Sans soleil : magnifique film de Chris Marker, dont l’immense filmographie poétique croisant lui aussi photos, voix off et mémoire n’est plus à démontrer. Sans soleil reprend le motif de la cohabitation des civilisations au gré d’un voyage initiatique court-circuitant, à travers des rapprochements géographiques et un savant montage musical en réseau et contrepoints : un homme voyage, une femme lit les lettres qu'il lui adresse, lui donnant à la fois des nouvelles du monde et, à travers elles, de lui. Pour les adultes.
> Bande annonce : https://vimeo.com/267994945