L'homme invisible

L'homme invisible

Réalisé par James Whale
Durée : 1h12
| 1933 | Etats-Unis
Ma note :

Synopsis

Jack Griffin a un secret, un secret qui lui fait perdre la tête : il a découvert une formule qui rend invisible, et cette formule affecte sa santé mentale. Son sentiment de toute puissance le conduira progressivement à sombrer dans la criminalité, malgré les tentatives de soutien de ses proches.

L'avis de Benshi

Offrir à un grand classique de la littérature de devenir un grand classique du cinéma, c'est ce que James Whale a accompli à deux reprises, avec Frankenstein, d'abord, puis avec L'homme invisible. Parmi les forces de L'homme invisible, dont beaucoup retiennent les effets spéciaux, on trouve la gestion d'une sorte d'ascenseur émotionnel qu'on envisagerait bien aussi défaillant que l'esprit de Jack Griffin, ainsi que celle d'un rythme tantôt posé, tantôt débridé, qui installe le spectateur dans une sorte d'insécurité salutaire. On rit [merci Una O'Connor !], on vibre, on reste pantois, on est pris d'empathie pour ce criminel tout autant victime, et ce sans jamais trop savoir ce qui nous attend à la scène suivante. Un des meilleurs exemples est la séquence avec le train, qui nous coupe impitoyablement en plein élan, brisant net le ton humoristique de la scène par un acte qui laisse le spectateur interdit.

L'homme invisible, c'est aussi la possibilité, au détour d'un film fantastico-psycho-policier sur un savant fou mégalomane, de réfléchir, d'évoquer avec un enfant, même jeune, un concept philosophique de base : l'anneau de Gygès. La fable est très compréhensible et, très vite on appréhende différemment ce fantasme un tantinet éventé qu'est l'invisibilité.

Pour quel public

Nous aurions tendance à le proposer à partir de 8 ans, tant pour le film lui-même que pour la possibilité de le voir en version originale sous-titrée. Le film, s'il est très accessible, nécessite tout de même un minimum de « bagage », notamment pour saisir les errements du personnage principal et appréhender sa dérive mentale. Quant à la version originale, nous la recommandons bien entendu le plus systématiquement possible en fonction de l'âge et des capacités de lecture des spectateurs, mais ici bien plus encore, puisque le film repose presque entièrement sur les qualités d'acteur et la voix de Claude Rains.

Bonnes raisons d'aller voir le film

1
Pour la puissance comique d'Una O'Connor, un effet spécial à elle toute seule
2
Pour le charisme de Claude Rains, un effet spécial à lui tout seul
3
Pour les effets spéciaux

Infos complémentaires

L'homme invisible, c'est une grande claque au cinéma de studio de l'époque. Le réalisateur et le comédien principal sont nés en Angleterre, en 1889, et avec cette adaptation d'un roman écrit par un autre citoyen britannique, né lui en 1866, ils vont faire planer un vent de fraîcheur sur Hollywood, malgré - ou grâce à - leur arrivée tardive dans l'industrie. James Whale n'en était pas à son coup d'essai, puisque deux ans auparavant, il avait déjà bouleversé le monde avec son Frankenstein, déjà l'adaptation d'un roman (de Mary Shelley) d'une imposante modernité, écrit au début du XIXe siècle.

L'adaptation est plutôt fidèle au roman, avec quelques différences dont les plus notables sont que l'histoire étant contemporaine du récit, elle est transposée des années 1890 aux années 1930, que Jack Griffin perd la raison sous l'influence de son invention alors que dans le roman il est déjà fou, et que dans le film il est bien plus entouré que dans le livre.

On peut envisager L'homme invisible comme une sorte de reprise de pouvoir des gens de théâtre au cinéma. En effet, s'il est une évolution technique qui ne relève pas de l'effet de manche commercial (relief, numérique, ...) mais de l'amélioration des possibilités narratives, c'est bien l'arrivée du cinéma sonore. Si quelques grands du burlesque ou des génies comme Tod Browning avaient réussi a obtenir de très grandes choses de leurs interprètes, ou si l'on savoure toujours aujourd'hui les chefs-d'oeuvre du muet, il y a tout de même eu une belle part de production moins auteuriste, à la chaîne, de films dans lesquels on demandait surtout à la distribution de bien prendre la lumière. Ici, Whale nous en met plein la vue par l'intermédiaire de nos oreilles, nous montrant qu'il n'y a rien à voir, sans nous inviter à circuler pour autant. Whale est venu tardivement au cinéma, et de ce fait n'a pour ainsi dire pas travaillé sur des films muets, et Claude Rains n'y a fait qu'une légère incursion. Les deux, en revanche, avaient déjà travaillé pour la scène, et on sent une légère pointe d'ironie à ce qu'ils soient symboliquement de joyeux fossoyeurs du « cinéma de papa » (sans trop en dire ici, le plan final est assez éloquent).

Pour aller plus loin

Avant ou après avoir découvert le film, on pourra, selon l'âge de l'enfant, souhaiter se plonger dans ses origines, à savoir parmi les premières oeuvres de H. G .Wells, les plus connues, d'ailleurs : L'homme invisible (1897), bien sûr, mais aussi La machine à explorer le temps (1895) voire, pour les plus grands, L'île du docteur Moreau (1896) ou La guerre des mondes (1898).

Si l'on est friand du genre, on peut aussi (s')offrir ce coffret Blu-ray Disc « Universal Classic Monsters », du plus bel effet sur l'étagère (il est en forme de cercueil), et qui contient pas moins de huit incontournables, avec Dracula (de Tod Browning), Frankenstein, La fiancée de Frankenstein et L'homme invisible (de James Whale), La Momie (de Karl Freund), Le loup-garou (de George Waggner), L'étrange créature du Lac Noir (de Jack Arnold) et Le fantôme de l'opéra (d'Arthur Lubin). Que du bon, donc, et dont trois films de James Whale, et trois avec Claude Rains... tiens, tiens... (bon, trois avec Boris Karloff, aussi, mais ceci concerne la fiche de Frankenstein).

L'homme invisible est inscrit au catalogue du dispositif national Ecole & Cinéma. Retrouvez la fiche « en famille » sur la plate-forme Nanouk

Fiche rédigée par Florian

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