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Le Pont

  • De Vincent Bierrewaerts
  • 2007
  • 14 min

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Catégorie : Le sens de la vie  

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À partir de 7 ans

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Fiche rédigée par  Agnès Dupuy Avatar de Agnès Dupuy

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Synopsis

Chaque jour que le soleil se lève, le grand fermier et son petit garçon s’attellent en sifflotant au même rituel affectueux : nourrir les animaux, cueillir les fruits et partager un bon repas agrémenté d’un petit cadeau. Mais un grain de sable vient troubler l’éden de ce chaleureux duo, isolé en haut de leur montagne escarpée : tandis que le père observe les étoiles, le fils aperçoit un jour en contrebas la vallée et ses lumières qui scintillent... La fascination de l’un provoque l’effroi de l’autre : l’enfant grandit et s’oppose. La cruauté de cette confrontation sera-t-elle à la hauteur des découvertes à venir ?

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L'avis de Benshi

Dans ce court métrage, aucun dialogue, mais beaucoup de sentiments exprimés ; beaucoup de complicité, mais une séparation brutale ; un quotidien harmonieux, mais en réalité autarcique ; des lumières de fête éclatantes mais un feu d’artifice de bombes : d’emblée le film met côte à côte tous ces antagonismes dans une apparente nonchalance, qui interpelle et maintient l’attention de chaque jeune spectateur tout au long de l’histoire.

Cette tranquillité de façade est relayée par une technique d’animation traditionnelle de marionnettes qui entremêle néanmoins d’autres supports : l’aluminium, le latex et autres résines chimiques ou naturelles se juxtaposent pour donner corps au père et son fils au quotidien, mais c’est le papier découpé sommairement sur fond de toile de jute qui est utilisé dans la séquence onirique, comme dans un dessin d’enfant relatif à l’âge du héros.

De même, le clignotement de lumières réelles dans la ville, le flamboiement des feux d’artifice et l’éclat des bombes dans le ciel brisent par leur texture l’univers des figurines en pâte à modeler, de la même façon que la poussée de croissance du petit héros brise la perception qu’il avait du monde.

Mais l’enjeu fondateur de l’histoire se retrouve dans le parallélisme entre choix de la construction en bois (ferme, toit, wagons du petit train et armoire où sont soigneusement pendus les vêtements qui scandent les années), et l’élaboration de ce qui fait le titre du film : le pont.

Ce pont en bois décuple d’autant plus la sensation de démantèlement brutal de l’enfance choyée et naïve du petit héros, que celui-ci doit araser, casser, brûler, tordre tout ce qui est en bois pour trouver matière à le construire. Le choix des matériaux pour cette animation met ainsi en abîme le cheminement qui mène à la construction même de l’histoire de ce passage de l’enfance à l’adolescence, entre la maison et le monde.

Ce choix de la technique en fonction du scénario, lié à un sens des détails très expressif et un travail sonore subtil qui mêle sobrement soupirs, raclements de gorge, sifflement ou éclats, donnent toute sa valeur à ce film tendre et cruel comme un conte de Grimm.

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Pour quel public ?

Nous le conseillons plutôt à partir de 8 ans : la sèche disparition du père ainsi que l’ambivalence de la fascination entre feux d’artifice et bombardements stylisés renvoient à une violence typique du passage de l’enfance à l’adolescence, à laquelle des plus petits ne seront peut-être pas préparés, et que le début du film ne laisse pas deviner.

Bonnes raisons de voir le film

  • Pour la force du basculement d’un âge à l’autre du petit héros
  • Parce qu’en de brefs détails - un regard, un sifflement, un sourire, une lumière, une respiration - on saisit immédiatement les sentiments qui parcourent les personnages
  • Parce que, l’air de rien et en peu de temps, ces marionnettes traversent de nombreuses réflexions sur le sens à donner aux liens familiaux, à la solitude, au désir, à la découverte du monde ou à son camouflage : bref sur ce que c’est que grandir.

Infos complémentaires

« L'animation a pour énorme avantage de regrouper tous les arts, toutes formes d'expression : il regroupe à la fois le théâtre, le cinéma, le dessin, la peinture, la musique, la mise en scène. Et comme j'aime varier les plaisirs, ce choix était évident » raconte le réalisateur Vincent Bierrewaerts.

En I997, dés sa première année à l’ENSAV (école d’animation belge), Vincent Bierrewaerts propose le multiprimé El Vento, dessin animé élaboré avec le simple traçé noir de personnages luttant contre des bourrasques de vent sur fond blanc.
L’année suivante, son film d'animation Bouf est directement dessiné sur de la pellicule 35 mm : les dessins ne font pas plus de 35 mm de large et sont ensuite projetés sur un écran très large.
Puis c’est au tour deTij, un film à la technique de la « corde animée », qui lui prend près de 3 ans d’élaboration. Là aussi il part de cette curiosité technique pour se demander quelle histoire il pourrait raconter avec une corde - il s’intéressera donc aux plantes.
Ses mains, qu’il réalise ensuite par un dessin au trait épuré, aborde déjà la relation père - fils. Mais il se rend compte que ce minimalisme ne lui convient plus. Suit alors en 2001, Aaaaaaah, sa première exploration dans l'univers de l'image de synthèse, d’après un scénario qu’il avait élaboré à l’âge de 12 ans et qui avait tellement fait rire ses copains de classe qu’il avait failli être renvoyé. Dans le très beau Le Portefeuille (grand prix du Festival de courts métrages de Clermont-Ferrand en 2004), il s’amuse ensuite avec une nouvelle technique en crayon et quelques couleurs, par une nouvelle forme de surimpression, en tournant différentes scènes, plusieurs fois, sur une même portion de pellicule : « Il s'agissait d'expérimenter et de jouer avec les possibilités physiques de la lumière : que se passerait-il si je filmais chaque fois séparément chaque couleur primaire ? Qu'obtiendrait-on sur la pellicule ? Etait-il possible d'exploiter ces propriétés physiques avec la surimpression sur le support argentique ? C'est l'histoire d'un homme, d'abord addition de toutes les couleurs primaires. Il est noir, se scinde en deux couleurs : une primaire, une secondaire, et ainsi de suite. » 
Cet homme qui se scinde en deux couleurs est à l’image des choix que le personnage doit effectuer à la suite de la découverte d’un portefeuille dans la rue.
On comprend alors qu’avec Le Pont, il aborde une forme d’animation toute neuve pour lui. Ce fastidieux travail de marionnettes a nécessité deux mois pour construire les décors, près de 4 mois pour l’animation avec deux animateurs, et 1 mois pour la bande son et le montage.
Rien à voir avec son dernier court métrage, Fugue, qui raconte une poursuite improbable entre un petit bonhomme qui court après une goutte d'eau.

Que sera alors son prochain film ? Vincent Bierrewaerts finira-t-il par se frotter à des personnages de chair et d’os, comme dans les films muets de Chaplin et Keaton, qu’il aimait tant ?

Pour aller plus loin

Des films :

Le Portefeuille - court métrage de V. Bierrewaerts (2003) 

Fugue - court métrage de V. Bierrewaerts (2011) 

La Grande Ville - long métrage de Satyajit Ray (1963) : une extension pour adultes de la problématique entamée par Le Pont, celle du passage entre la maison-cocon et le monde sans filet, à travers le parcours initiatique d’une jeune épouse indienne désireuse de sortir de son foyer pour aller travailler dehors.

Les Lumières de la Ville - long métrage muet de Charlie Chaplin (1931) : la suite possible de ce qui pourrait arriver au petit personnage du Pont après la fin du film, mais avec des comédiens réels.

 

Des livres, des liens :

La chasse aux papas (J.M. Mathis - Éditions Thierry Magnier, 2014) : deux préadolescents sont décus par leurs pères respectifs et décident de trouver le père idéal. À partir de 8 ans

Paroles pour adolescents ou le complexe du homard (F. Dolto - Réédition Folio Junior, 2007) : l’incontournable, très clair et très vivant texte de Françoise Dolto qui s’adresse directement aux adolescents. À partir de 10 ans.

Une page consacrée à l’animation en volume, bien documentée et proposant des liens intéressants pour confectionner soi-même des petits personnages en mouvement : 
http://upopi.ciclic.fr/transmettre/parcours-pedagogiques/initiation-au-cinema-d-animation/seance-6-pate-modeler-et-marionnettes