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Le Voleur de bicyclette

  • De Vittorio De Sica
  • 1948
  • 1h25

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Catégorie : Grands classiques   Le sens de la vie  

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À partir de 7 ans

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Fiche rédigée par  Anne Charvin Avatar de Anne Charvin

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Synopsis

A Rome, en 1948, juste après la fin de la Seconde Guerre mondiale, un homme au chômage depuis deux ans obtient enfin un travail de colleur d’affiches. La seule condition : avoir une bicyclette. La sienne est au mont de piété. La famille vend tous ses draps pour pouvoir la récupérer ; ce travail est la promesse de meilleurs lendemains, de projets, de joie.
Mais la bicyclette est volée.
Antonio Ricci et son fils, Bruno, partent alors pour une longue quête dans les rues de Rome.

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L'avis de Benshi

Le Voleur de bicyclette est un film phare du néo-réalisme italien. C’est-à-dire un film proche du réel, ancré dans la réalité sociale d’une époque. Ici, l’Italie d’après-guerre, dans une famille pauvre. Pas d’artifice, pas de fioritures, des scènes tournées en décors réels, avec des acteurs non professionnels et une caméra au plus proche de ce qu’elle filme.
L’histoire est simple : un homme doit retrouver sa bicyclette volée pour ne pas perdre son travail. Le scénariste du film, Cesare Zavattini était d’ailleurs connu pour « déromancer » les histoires et pour proposer un travail intimement lié au monde et aux gens.
La quête de la bicyclette, qui se déroule sur une seule journée, est un enjeu sommaire mais permet pourtant à De Sica de déployer un questionnement riche, dense et complexe, sur les liens qui unissent les hommes, la dignité, la solitude... Aux côtés de ces préoccupations sociales mais aussi morales, le suspens, la tension qui traverse le film, sa ligne directrice nous collent aux pas des personnages. Nous sillonnons la ville avec eux, nous cherchons, nous désirons, nous espérons, nous pleurons.
L’occasion est assez rare de montrer à de jeunes enfants des films qui se confrontent au réel, des films traversés par la vie, en chair et en os. Ces œuvres-là, pourtant, ouvrent les portes du monde, nous permettent de l’appréhender dans sa plénitude, nous offrent la possibilité de regarder, de faire attention à. Et c’est un très beau cadeau à faire à un enfant, que de lui montrer un film tel que Le Voleur de bicyclette.  
Car le film est triste, oui. Il est sombre. Il est dur aussi. Mais il est porté par le regard d’un enfant, Bruno, qui est tenace, droit, solide. Un enfant qui regarde le monde adulte, qui observe ses failles, ses fragilités, ses paradoxes. Un enfant qui questionne mais aussi qui réconcilie, qui offre l’espoir, et qui est celui qui, dans le très beau plan final, tend la main à son père. Que signifie ce geste ? La réconciliation, la consolation, une certaine foi en l’avenir ou, comme le dit André Bazin, « le geste le plus grave qui puisse marquer les rapports d’un père et de son fils : celui qui les fait égaux » ?
C’est à ce personnage d’enfant que s’identifieront les enfants spectateurs, c’est lui qu’ils suivront dans les rues de Rome, dans les marchés, sous la pluie, au restaurant, dans les moments les plus sombres mais aussi dans les éclaircies.
Et au bout de cette journée, « même si la rue est très sombre, cela s’appelle l’aurore. » (Alain Bergala in Cahiers de notes sur… Le Voleur de bicyclette.)

Un film à voir en famille pour pouvoir en discuter, si possible en version originale.

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Pour quel public ?

A partir de 8 ans accompagné, à partir de 10 ans tout seul.
Le Voleur de bicyclette fait partie de cette merveilleuse catégorie de films : ceux qui ne sont pas des films pour enfants mais qu’on peut montrer à des enfants. Il touchera les plus jeunes comme les plus grands et sera l’occasion, pourquoi pas, d’une belle discussion en famille.

Bonnes raisons de voir le film

  • Parce que le personnage de l’enfant, Bruno, est merveilleux de courage, de ténacité et d’espoir et que la relation père-fils est superbement filmée.
  • Parce que c’est un film où il n’y a pas de méchants et pas de gentils, où chacun est confronté à ses choix et à ses paradoxes.
  • Parce que comme aux premiers temps du cinéma où les films étaient là pour nous montrer le monde, on découvre l’Italie d’après-guerre et une réalité sociale qui fait étrangement écho à notre actualité.

Infos complémentaires

- Vittorio de Sica, pour son précédent film, Sciuscia, avait reçu un oscar honorifique et ainsi attiré l’attention des studios hollywoodiens. Lorsqu’il prépare Le Voleur de bicyclette, un producteur américain réputé, David O. Selznic, lui propose de réaliser un film avec un gros budget, et avec Cary Grant en vedette. De Sica refuse. Il fera un film proche du réel, tourné en décors naturels dans sa ville, Rome, avec des acteurs non professionnels.
Le Voleur de bicyclette devient ainsi un des grands films du mouvement néo-réaliste, aux côtés de Rome ville ouverte et de Païsa de Roberto Rossellini.

- Le titre original, Ladri di biciclette, signifie littéralement Les Voleurs de bicyclettes. La nuance avec le titre français, Le Voleur de bicyclette a son importance. Le titre original éloigne l’idée d’une anecdote, d’un événement singulier, d’un fait divers pour nous raconter une histoire plus grande, celle d’une société où chacun peut être voleur de bicyclette.  

- De Sica, pour le film, ne choisit que des acteurs non professionnels, trouvés dans des usines ou dans la rue. Pour choisir l’enfant qui jouera Bruno, il ne lui fait apprendre aucun texte, il lui fait simplement faire des essais de marche. Il souhaitait trouver un contre-point à la démarche de l’homme, un trottinement, exprimer uniquement par ces corps marchant dans la ville un désaccord, au sens musical du terme.
Mais après avoir choisi ses comédiens, il fallait les faire jouer devant une caméra, et obtenir d’eux un jeu juste et naturel.
On raconte que le réalisateur, pour faire pleurer l’acteur qui joue le petit Bruno, employait une méthode assez brutale : il avait caché dans ses poches des mégots de cigarettes et l’accusait ensuite de les avoir volés. Cela déclenchait chez l’enfant un sentiment fort d’injustice, de la colère et des pleurs. Cette manière de diriger les acteurs semble bien cruelle mais elle permet à l’enfant de nourrir des sentiments importants qui lui serviront pendant tout le film, celui de l’injustice par exemple. De Sica cherchait par ailleurs à filmer des sentiments les plus réels possibles et n’avaient donc pas de scrupules à déclencher de véritables pleurs si cela pouvait servir le film.  

- Cesare Zavattini, le scénariste du film, a joué un rôle fondamental dans le développement du néo-réalisme italien. Il rencontre Vittorio de Sica et écrira pour lui 26 scénarios, partageant un même idéal, celui de faire un cinéma au plus près du réel, lucide, immergé dans le quotidien. Pour Zavattini, un film est un cheminement où l’on suit les personnages, des personnes ordinaires, où la caméra enregistre le réel et où l’on se débrouille pour que les événements journaliers fassent histoire. Une approche quasi documentaire et une idée directrice importante, celle que le cinéma néo-réaliste est avant tout « un art de la rencontre ».

Pour aller plus loin

La fiche du film sur le site Transmettre le cinéma et sur le site des Enfants de cinéma, où vous trouverez toutes sortes de pistes et un extrait vidéo :
http://www.transmettrelecinema.com/film/voleur-de-bicyclette-le/
http://www.enfants-de-cinema.com/2011/films/voleur-de-bicyclette.html

Le Voleur de bicyclette est inscrit au catalogue du dispositif national Ecole & Cinéma. Retrouvez la fiche "en famille" sur la plateforme Nanouk