Les Contrebandiers de Moonfleet

Les Contrebandiers de Moonfleet

Réalisé par Fritz Lang
Durée : 1h27
| 1955 | États-Unis
Ma note :

L'histoire débute « un soir d’octobre de l’an 1757 ». Un jeune garçon, John Mohune, arrive à Moonfleet, « à la recherche d’un homme qu’il [croit] son ami ».
Moonfleet, village isolé, situé au cœur du Dorsetshire, région étrange et brumeuse de l’Angleterre, une lande aride et sauvage, en bordure de l’océan.
Moonfleet, repaire de contrebandiers, que le pouvoir royal n’hésite pas à punir de pendaison, « pour l’exemple ».
Le jeune orphelin, John, trouve l’homme, auprès duquel sa mère, mourante, lui a intimé d’aller se réfugier, en souvenir d’un amour passé. John a décidé de faire de Mr Fox, malgré lui, son ami, peut-être même son père.
Après une chute vertigineuse dans une crypte du cimetière, John fait une double découverte. D’abord, il trouve, dans le cercueil de son aïeul, Barberousse, son médaillon. À l'intérieur du médaillon, un parchemin, où sont retranscrits des versets de la Bible « mal numérotés ». Ensuite, les contrebandiers, tiennent leurs réunions secrètes dans cette même crypte. John, caché, assiste donc à l'une d'entre elles. C'est sa seconde découverte : il réalise que Mr Fox n’est autre que le chef des contrebandiers. Cette révélation, loin de l’éloigner de Fox, renforce son admiration pour cet homme au double visage.
Fox déchiffre le parchemin, les numéros indiquent la cachette du diamant de Barbousse, si convoité : il se trouve « au fond du puits le plus profond de l’Angleterre ». John et Fox partent ensemble à la conquête du trésor…

Moonfleet, le titre original, mystérieux et poétique, donne le ton, inspiré du romantisme anglais du XIXe siècle, et patine les images de ce récit initiatique, d'une profondeur mélancolique. Les décors et l'aventure rappellent Stevenson, l'enfant, au cœur de l'intrigue, le héros de L'île au trésor.
John Mohune/Jeremy Fox, un enfant, un adulte. L'enfant croit en l'homme. L'homme, abîmé par la vie, est plutôt désenchanté. Pourtant, l'enfant l'oblige à convoquer ses rêves de jeunesse, se rappeler l'amour fou qu'il partagea jadis avec sa mère. Une chanson douce ravive des blessures mal cicatrisées. L'homme se défend, rejette l'enfant et ses illusions perdues. Mais l'enfant s'entête et l'adulte, peu à peu, se prête au regard de l'enfant. Et l'homme, finalement, trouvera une paix intérieure, et choisira son camp, quitte à y trouver la mort.
Ainsi Moonfleet joue-t-il de ce double récit initiatique : l'enfant découvre le monde des adultes et l'adulte, sous influence, se redécouvre et se repositionne dans le monde.

Mais Moonfleet est aussi un film d'aventures, captivant et très impressionnant. Dès l'ouverture, le spectateur est saisi par l'atmosphère nocturne et inquiétante, de la lande et de Moonfleet, dont on découvre en tout premier lieu, et à travers le regard de John, le cimetière. Cimetière, dominé par cette statue surnaturelle d'un ange, aux ailes immenses et aux yeux blancs lumineux, qui semble dotée de pouvoirs magiques. Comme dans un conte, John Mohune devra affronter toute une série d'épreuves effrayantes pour accéder à la connaissance. Et la vérité est bien cachée : profondément, dans une crypte, dans un puits, et successivement, dans une série de boîtes : du cercueil au médaillon.

Moonfleet est un de ces films indispensables sur l'enfance, au même titre que Les 400 Coups (François Truffaut), La Nuit du chasseur (Charles Laughton) ou Zéro de conduite (Jean Vigo) tant « la puissance du sentiment et la noblesse de cœur de l’enfance » y explosent avec honnêteté. Un film qui reflète l’esprit de l’enfance, avec une rigueur morale exemplaire, le ton est juste, l’enfant est considéré avec grandeur, capable d’appréhender la complexité du monde, tout en y réagissant avec sa foi et son innocence.

À partir de 9 ans, en version originale.

1
Pour le duo John Mohune/Jeremy Fox si complexe et si juste
2
Pour la musique exceptionnelle de Miklos Rozsa, enlevée et mélancolique
3
Pour l'aventure et les frissons
4
Pour l'aventure en format scope et en technicolor !

Infos complémentaires

Moonfleet est l'un des derniers films réalisés par Fritz Lang, à la fin de sa période hollywoodienne. Lorsque ce film sortit, en 1955, il ne recueillit pas un immense succès. La MGM et Fritz Lang, lui-même, le considéraient tout au plus comme un bon produit de série B, classé dans le genre films d'aventures.
Mais Moonfleet devint un film culte pour toute une génération de cinéphiles, notamment la bande des Cahiers du cinéma - Rivette, Truffaut, Godard... - qui le considéraient comme « le chef-d'oeuvre maudit du cinéaste ». Cinq ans plus tard, Moonfleet était distribué en France en contrebande !
Ce film nourrit encore de nombreux cinéastes, qui s'y réfèrent comme à une œuvre crépusculaire, voire testamentaire, tant la maîtrise de la mise en scène y est souveraine et permet au regard de Fritz Lang de s'y accomplir prodigieusement.

Pour aller plus loin

Une émission diffusée sur France culture en 1989, Les Mardis du cinéma, avec de nombreux invités, dont Serge Daney, Jean Douchet, où les analyses sont aussi brillantes que passionnantes : http://www.franceculture.fr/emissions/la-nuit-revee-de/mardis-du-cinema-fritz-lang-les-contrebandiers-du-moonfleet


Le site Transmettre le cinéma, toujours très intéressant (un petit conseil : ne pas regarder les extraits avant de voir le film) :
http://www.transmettrelecinema.com/film/contrebandiers-de-moonfleet-les/#synopsis

La présentation du film par Olivier Père sur Arte, qui restitue l'histoire de la cinéphilie autour du film, et les conditions de sa distribution en France :
http://www.arte.tv/sites/olivierpere/2013/12/23/les-contrebandiers-de-moonfleet-de-fritz-lang/


Les contrebandiers de Moonfleet est inscrit au catalogue du dispositif national Ecole & Cinéma. Retrouvez la fiche "en famille" sur la plateforme Nanouk

Fiche rédigée par Hélène

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