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Les oiseaux blancs, les oiseaux noirs

  • De Florence Miailhe
  • 2002
  • 4 min
  • VF

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Catégorie : Le sens de la vie  

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À partir de 7 ans

Fiche rédigée par  Marine Louvet Avatar de Marine Louvet

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Synopsis

Les oiseaux noirs représentent les mauvaises pensées et les mauvaises paroles, les oiseaux blancs, les bonnes pensées et les bonnes paroles. Quel envol pour ces oiseaux ? Comment voyagent-ils d’un être à l’autre ? Ce joli conte africain mis en image par Florence Miailhe nous explique dans une poésie aux allures mathématiques comment par a+b mettre fin au voyage de la haine.

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L'avis de Benshi

Les oiseaux blancs, les oiseaux noirs est le cinquième court métrage de la réalisatrice de films d’animation Florence Miailhe. Réalisé en peinture animée et filmé en pellicule 35 mm, il propose une interprétation visuelle du conte de l’écrivain malien Amadou Hampâté Bâ. Le film se regarde comme un court livre d’images. Sa fabrication nous rappelle le principe des pages qui se tournent avec ce supplément d’âme de l’animation chère à la réalisatrice. Pour passer d’une image à l’autre, nous glissons grâce à un motif qui disparaît et un autre qui apparaît. À chaque fois, ces glissements sont l’occasion d’exprimer une idée symbolique, une métaphore. 

Comme le suggère le titre même du film, Les oiseaux blancs, les oiseaux noirs s’articule autour de contrastes. Le noir contre le blanc, le mal contre le bien. L’animation de Florence Miailhe apporte une réflexion nuancée et pleine d’onirisme sur ces deux notions. À travers une succession de tableaux qui s'enchaînent par recouvrements et enchevêtrements des matières et des couleurs, la réalisatrice se distingue du cinéma d’animation traditionnel. En effet, les personnages et la narration de son histoire ne sont en aucun cas classiques, puisqu’elle exploite principalement la portée symbolique de ses motifs. Les formes qu’elle dessine apparaissent, disparaissent, puis se transforment : les oiseaux deviennent ainsi des hommes, dont le visage se change en tête d’oiseau et dont les corps s’interpénètrent, s’unissent et finissent par former un masque à allure humaine. Puis, le fond devient orange vif, rappelant le feu et le sang. La réalisatrice fait s’affronter les mauvaises pensées de Youssouf et d’Ali. Les oiseaux noirs dont les traits ressemblent à ceux des corbeaux – oiseaux de malheur – s’attaquent, se démultiplient, forment des nuées noires sur le ciel flamboyant comme des vagues de haine, et se transforment à nouveau en deux hommes aux corps identiques luttant l’un contre l’autre. Le film se termine cependant sur une note positive, puisque c’est un bleu céleste clairsemé d’oiseaux blancs qui le clôt, nous rappelant qu’une bonne pensée protège et apporte toujours plus de bénéfice qu’une mauvaise. On pense alors à cette belle déclaration de Victor Hugo, « Béni soit qui me hait, béni soit qui m'aime... Moi je ne veux qu'aimer ! », qui pourrait être apposée en exergue du film.

Pour le générique de ce court métrage, Florence Miailhe utilise du sable et mélange, au cours du film, des couches de sable et de peinture à l’huile. D’après Amadou Hampâté Bâ, le sage qui est à l’origine du conte opérait par images et dessinait des formes sur le sable avec sa baguette pour expliquer une idée ou bien éveiller une réflexion. L’utilisation du sable trouve donc son explication. En effet, les textes ou les dessins inscrits dans le sable ne sont jamais éternels. Ils sont éphémères et fragiles. Cette caractéristique du sable nous rappelle qu’il ne faut pas accorder trop d’importance à nos mauvaises pensées et nos mauvais actes car ils peuvent, si nous le voulons bien, nous glisser entre les doigts comme du sable.

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Pour quel public ?

Bien que les plus petits puissent être sensibles aux images, nous conseillons ce court métrage plutôt à partir de 6/7 ans afin que les enfants puissent avoir accès au propos du film.

Bonnes raisons de voir le film

  • L'originalité de la réalisation
  • Le générique en animation sur sable
  • La musique aux influences multiples
  • La portée symbolique et morale

Infos complémentaires

Diplômée de l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs en spécialisation gravure, Florence Miailhe réalise son premier court métrage en 1991, Hammam. Le film, très remarqué, lui vaut un joli parcours en festivals. Depuis, elle a imposé un style singulier et personnel qu’elle appelle « le film peint ». Selon elle, la peinture en mouvement est comme un tableau qui se déroule dans le temps.

En 2020, Florence Miailhe sortira son premier long métrage. Il sera également réalisé sans effets numériques à partir de peinture animée sur verre. Tandis que l'animation classique tend à reproduire le mouvement tel qu'il est perçu par l'œil, la peinture animée dévoile ses procédés : on ne voit pas seulement du mouvement, mais la manière dont ce mouvement a été créé et par quel déplacement de matière. En cela, la peinture animée signe chacun des mouvements d'un film comme un acte de création propre. De ce fait, la peinture animée est très rarement utilisée dans le cadre de la réalisation de longs métrages car si un plan est raté, il faut souvent tout reprendre à zéro. Un défi très risqué donc sur un film long, mais que Florence Miailhe n’a pas eu peur de relever. Ici, la réalisatrice nous parle de ce film à venir intitulé La traversée.

Grâce à ce dossier pédagogique extrêmement complet, vous retrouverez de nombreuses informations sur le film, ainsi que des idées d’activités.

Pour aller plus loin

Vous pouvez, si vous le souhaitez, relire calmement le texte qui est à l'origine du court métrage : 

« Les hommes sont les uns par rapport aux autres comparables à deux murs situés face à face. Chaque mur est percé d’une multitude de petits trous où nichent les oiseaux blancs et les oiseaux noirs. Les oiseaux noirs ce sont les mauvaises pensées et les mauvaises paroles. Les oiseaux blancs ce sont les bonnes pensées et les bonnes paroles. Les oiseaux blancs ne peuvent entrer que dans des trous d’oiseaux blancs et les oiseaux noirs ne peuvent nicher que dans des trous d’oiseaux noirs. Maintenant, imaginons deux hommes : Youssouf et Ali qui se croient ennemis l’un de l’autre. Un jour, Youssouf, persuadé qu’Ali lui veut du mal, se sent empli de colère à son égard et lui envoie une très mauvaise pensée. Ali observe le courroux de son ennemi, mais n’émet aucune colère. L’oiseau de Youssouf ne trouvant pas où se loger, retourne à son nid d’origine avec tout le mal dont il est chargé. Mais, imaginons que dans le même temps, Ali envoie lui aussi une mauvaise pensée. Les oiseaux parviennent à leur but, détruire l’homme auquel ils étaient destinés. Il en est de même avec les oiseaux blancs. Si nous envoyons de bonnes pensées à notre ennemi, non seulement elles apaisent sa haine, mais encore, elles nous reviennent un jour ou l’autre avec tout le bien dont elles sont chargées. » 
Texte de « Oiseaux blancs et Oiseaux noirs » d’Amadou Hampate Bâ, tiré de Vie et enseignement de Tierno Bokar. 

Vous pouvez également découvrir d’autres contes africains : 

Contes de la brousse et de la forêt de André Davesne et Joseph Gouin, 2001, aux éditions Edicef.
« Pourquoi les crocodiles ne mangent pas les poules ? », conte en ligne, à découvrir en suivant ce lien.

Enfin, pour aller plus loin sur la technique de la peinture animée, découvrez le parcours Peinture animée concocté par Benshi !

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