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Fiche rédigée par  Nadia Meflah Avatar de Nadia Meflah

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Synopsis

Charlot travaille à la chaîne dans une grande usine. Sa tâche quotidienne consiste à resserrer des boulons. Très vite aliéné par ses conditions de travail et la cadence infernale qu’on lui impose, il sombre dans la folie. Il resserre tout ce qui lui passe sous la main et asperge les gens avec sa burette d’huile. Cet épisode le conduit tout droit à l’hôpital. Dès sa sortie, il est pris par erreur pour un syndicaliste communiste. Charlot se retrouve rapidement en prison, à laquelle il échappe grâce à un nouveau quiproquo. Il rencontre ensuite une jeune femme abandonnée avec qui il va essayer d’affronter les pièges de la ville…

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L'avis de Benshi

Unique en son genre tant par sa forme que par son propos, ce grand film, classique et moderne à la fois, résonne aujourd’hui avec notre société encore bouleversée par le libéralisme. A quels temps modernes avons-nous réellement affaire avec cette comédie à la fois sociale, politique, économique, satyrique, mais également romantique ? Charlot se réveille dans un monde où la cadence des machines ordonne tout. Chaque jour, des milliers de travailleurs sortent du métro pour aller à l’usine. L'horloge géante, qui ouvre le film, règle au pas et à la seconde cette marée humaine. Elle représente aussi l'agent du pouvoir, car celui qui maîtrise le temps maîtrise tout, à l'image de ce patron qui surveille de très près la cadence de ses ouvriers, allant même jusqu'à vouloir profiter du temps du déjeuner pour maximiser leur productivité. Chaque séquence dans l'usine est une véritable pépite d'inventivité et de réflexion politique sur la société moderne capitaliste. De nombreuses scènes sont inoubliables, comme l'usine avaleuse d’hommes ou de la machine à manger, qui donne lieu à une incroyable scène de torture burlesque.  

Le propre de Chaplin a toujours été de faire rire tout en nous permettant de nous situer dans le récit en tant que témoin compatissant et compréhensif. Nous comprenons la gamine qui vole des bananes, tel un fier pirate lorsqu'elle apparaît la première fois. En revanche nous ne comprenons pas comment une société riche peut tolérer et accepter la misère sociale ? Le film, derrière ses nombreux gags, nous invite à la réflexion. Est-ce que le travail suffit pour faire le bonheur et la prospérité de l'homme ? Quels sont ces temps modernes si le travailleur ne peut même plus assurer les besoins de sa famille ? Quelle est cette époque où hommes et femmes sont obligés de voler dans les grands magasins, alors que la richesse est partout mais pas pour tout le monde ?

Ce combat pour la dignité, où un homme ne veut plus se conduire comme un mouton pour survivre, au risque de se faire écraser et enfermer à plusieurs reprises, nous fait autant rire que réfléchir. L'utopie de l'amour est l'unique force vitale qui permet au clochard qu'est Charlot de toujours se relever. Cette force lui donne l'élan et l'allant de se battre pour sa gamine, forçant la masse des ouvriers, lui, être chétif, pour dénicher un ultime travail, malgré la crise, la police répressive, la faim et le froid. Composé tel un kaléidoscope de la vie ordinaire d'un pauvre des villes, Les Temps modernes dépasse son temps. Il est toujours d'actualité, avec cette volonté de restituer au dépossédé du pouvoir d'achat toute sa grandeur humaniste. Chaplin le dit bien, le bonheur ne réside pas dans l'avoir ni l'acquis, qui sont éphémères, même si posséder une maison et une voiture, avoir un travail et de l'argent est nécessaire et devrait être une réalité pour tout le monde, sans distinction de classe sociale. Mais en réalité, le malheur vient surtout de l'absence de solidarité, et du refus du partage des richesses. La seule chose unique et tangible, c'est l'amour, c'est être ensemble. Et finir avec ces deux silhouettes pleines d’espoir qui cheminent dans l'aube naissante, est - et demeure - l'une des plus belles fins de l'histoire du cinéma, sans cesse copiée, jamais égalée.

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Pour quel public ?

Un film à voir en famille, à partir de 6 ans, pour être capable de lire les quelques cartons, peu nombreux et très lisibles.

Bonnes raisons de voir le film

  • Pour la profondeur, toujours actuelle, de la critique sociale et politique du travail
  • Pour l'humanisme généreux du film
  • Pour son esprit libertaire et engagé
  • Pour sa capacité à nous faire rire tout en nous émouvant
  • Pour entendre la voix de Charlot qui chante pour la première fois !

Infos complémentaires

Avant le tournage
Après le succès immense qu'il a rencontré avec son film La Ruée vers l'or, Chaplin éprouve le besoin de retourner en Europe. Il parcourt le monde pendant dix-sept mois, et écrit des notes préliminaires pour Les Temps modernes. De retour à New-York en 1932, il observe l'impact social et économique de la Grande Dépression de 1929, qui a laissé sept millions de personnes sans emploi en deux ans. Chaplin décide donc d'aborder des sujets comme le chômage et les conséquences de l'arrivée du capitalisme. Aux États-Unis, Charlie Chaplin a été accusé d'être communiste, et le film a été interdit en Allemagne.

Un film anachronique
En 1935, au moment où il se lance dans la fabrication de son film, le cinéma qu’il avait contribué à bâtir n’existe plus. Une nouvelle industrialisation s’est imposée, plus efficace et avec de nouvelles technologies (la norme du cinéma parlant depuis 1927). Agé de quarante-trois ans, extrêmement riche, il est à un tournant de sa carrière. Or pour ce film, Chaplin persite dans le cinéma muet, même si la bande sonore est composite et de nature hybride. En effet, son film demeure unique, ni tout à fait muet, ni tout à fait sonore. Avec une révolution de taille ! Chaplin fait entendre sa voix pour la première fois, à la fin du film, en chantant un morceau devenu célèbre, Titine, référence directe à la chanson populaire française, Je cherche après Titine. Dans la scène, Charlot chante dans différentes langues, tel un babel du monde.

Des séquences dialoguées
Le tournage du film démarre le 11 octobre 1934 et durera 10 mois. Le 28 décembre 1934, Charles Chaplin et Paulette Godard font des essais de voix sur des dialogues surréalistes inventés par Chaplin. Ils seront retirés au montage final. Le film sortira le 5 février 1936 aux Etats-Unis.

Paulette Godard, actrice et troisième épouse de Chaplin
Ils se rencontrent à Hollywood en 1932. Ils ont en commun une enfance pauvre et esseulée avec la volonté farouche de s'en sortir. Il réalisera avec et pour elle deux grandes oeuvres : Les Temps modernes et Le Dictateur.

Pour aller plus loin

Du Taylorisme au Fordisme
En 1911, Franck Taylor, ingénieur économiste, crée l’Organisation Scientifique du Travail (OST) et donne naissance à un courant économique désormais célèbre : le taylorisme. Le scientifique diffuse ses idées selon deux grands principes : la division verticale du travail qui consiste à supprimer toute tâche intellectuelle aux ouvriers afin qu’ils se concentrent sur le travail manuel, et la division horizontale qui, elle, attribue à chaque travailleur une tâche spécifique, et a pour but l’accélération et l’automatisation de la production. Séduit par cette thèse, Henry Ford décide de l’appliquer dans ses chaînes de montage automobile. Les profits des usines explosent et le modèle micro-économique est repris par toutes les grandes entreprises. Dès lors, l’homme devient un rouage de la machine capitaliste et doit suivre la cadence sous peine d’être éliminé. Pour éviter tout mouvement de contestation, Ford s’appuie sur les thèses ‘Keynésiennes’ et augmente les salaires, afin d’accroître la demande. Il crée le ‘Five Dollar Day’ et ses ouvriers deviennent les premiers consommateurs des produits Ford.

Le site de l'association CHAPLIN géré par la famille
http://www.charliechaplin.com/fr/films/6-les-temps-modernes

Site consacré à la musique au cinéma, avec un document sur Les Temps modernes
http://www.cinezik.org/compositeurs/index.php?compo=chaplin