Ma vie de courgette

Ma vie de courgette

Réalisé par Claude Barras
Durée : 1h06
| 2015 | Suisse, France
Ma note :

De son vrai nom Icare, Courgette est un petit garçon de dix ans que la vie n’a pas épargné. Il vit seul avec sa mère depuis que son père est parti faire le tour du monde avec une poule. Son quotidien avec cette mère alcoolique, et parfois violente, va tout à coup basculer, et le destin va le conduire au foyer des Fontaines. Il va y faire la connaissance d’autres enfants aux parcours difficiles qui vont devenir son nouveau monde. Il va vivre de nombreuses aventures riches en émotions, car dans un foyer, on ne trouve pas que de la tristesse ! Courgette va découvrir que l’amitié et l’amour sont encore possibles, et pourquoi pas l’espoir d’un nouveau départ.

Le premier pari de Ma vie de Courgette résidait tout d’abord dans le scénario, dont l’ambition était d’adapter un roman destiné à un public adolescent en une histoire accessible au jeune public, tout en conservant l’essence du récit. La volonté de faire ressentir aux jeunes spectateurs des émotions plus complexes que la plupart des productions qui leur sont destinées est assumée et revendiquée… pour le plus grand plaisir du spectateur.


Pour son premier long métrage, Claude Barras fait également le pari du mélange subtil entre humour et émotion, de traiter avec une jolie légèreté un sujet qui est loin de l’être. Il nous offre ici une parole à hauteur d’enfant, délivrée avec une grande justesse par cet étrange petit garçon aux cheveux bleus et au regard perdu qui nous touche en plein cœur. L’authenticité des dialogues et des voix est l’une des clefs de la réussite du film, dont parfois seule la forme nous rappelle qu’il ne s’agit pas d’un documentaire. En effet les intonations, le vocabulaire et les questionnements sont bien ceux des enfants de huit à onze ans, et il en découle de nombreuses scènes humoristiques. Comme pour nous rappeler que ces enfants maltraités survivent à leurs blessures, et qu’ils n’ont pas perdu leur innocence. On s’attache très rapidement à ces bambins dont chacune des histoires témoigne d’une jeunesse bafouée par des adultes irresponsables. Et pourtant malgré les apparences, le récit de Ma vie de courgette est bien moins cruel que de nombreux contes de la littérature jeunesse.


Avec en toile de fond les blessures de l’enfance, Ma vie de Courgette se veut une œuvre lumineuse pleine de poésie. Un parcours initiatique à la découverte de l’amitié, de l'ouverture à l'autre et de l’empathie, ainsi que de l’amour sous toutes ses formes. Le foyer devient pour ces enfants un refuge, un lieu où ils peuvent se reconstruire à leurs rythmes. Le jeune Courgette va y chercher ses marques, et se sentir appartenir à quelque chose dont il n’osait plus rêver : une famille, et plus précisément celle que l’on choisit. Il s’agit là d’une notion fondamentale dans notre société moderne, et le film offre sur ce sujet un point de vue très positif et plein d’espoir.


Claude Barras compte parmi ses influences des réalisateurs tels que Tim Burton et Marek Beneš , et c’est naturellement qu’il a choisi de réaliser Ma vie de Courgette en marionnettes. L’esthétique très stylisée des figurines en mousse de latex animées image par image est d’une grande beauté, et leurs émotions nous sont principalement transmises par leurs grands yeux disproportionnés. Le film se voulant le plus réaliste possible, la mise en scène ne se précipite pas et privilégie les cadres fixes pour laisser les personnages évoluer, et aller aux bouts des expressions corporelles propres aux enfants.


Une vraie pépite à découvrir, où il y aura des rires et peut-être quelques larmes pour certains. Comme tous les grands films de cinéma.

Nous recommandons ce film à partir de 8-9 ans, mais en fonction de la maturité de chacun. En effet derrière un traitement plein d’humour, les thématiques abordées sont néanmoins très fortes et nécessitent un accompagnement pour les plus sensibles.


Marc Bonny, président de Gebeka Films qui distribue en salle mais a également coproduit Ma vie de courgette, a déclaré lors qu’une interview en juin 2015 pour Le film français : « Le film vise un public à partir de 7-8 ans, avec un cœur de cible sur les 8-12 ans et l’ambition de les toucher, ainsi que leurs parents. La technique du stop motion et le parti pris du design des marionnettes crée une émotion particulière, le film oscille entre la joie et les larmes. »

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L’esthétique singulière des personnages d’une grande beauté.
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Le traitement poétique et plein de tendresse de la complexité de l’enfance.
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Le message plein d’espoir porté par le personnage de Courgette.
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La théorie touchante et pleine d’humour des enfants sur les relations sexuelles.

Infos complémentaires

Le film a reçu un excellent accueil critique, et il a notamment été retenu dans la Sélection officielle de la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes 2016. A cette occasion a été tourné une interview du réalisateur, à découvrir ici : https://www.youtube.com/watch?v=Y_ZaLQo3wkE


Ma vie de Courgette a également reçu le prix du public au Festival international du film d'animation d'Annecy 2016 où il était projeté en compétition, ainsi que la plus grande distinction : le Cristal du long métrage.


Vous pouvez également découvrir un teaser du film, où le réalisateur a choisi avec beaucoup d’humour de tourner une fausse audition du personnage de Courgette : https://www.youtube.com/watch?v=DdEY3niexqA


Claude Barras est diplômé de l’École Emile Cohl en illustration, et il est également titulaire d’un master en images de synthèse à l’ECAL, haute école d’art et de design de Lausanne. Avant de passer à la réalisation de ce premier long métrage, il a réalisé et produit huit courts métrages dont Banquise en 2003 et Le Génie de la boîte de raviolis primé dans de nombreux festivals partout dans le monde. Vous pouvez d'ailleurs retrouver ce film au sein du programme de courts métrages Patate. C’est lui-même qui a souhaité adapter en long métrage d’animation le roman de Gilles Paris.


De l’idée au film jusqu’à la première projection publique, Claude Barras a soutenu son film pendant dix ans. Il a fallu fabriquer et peindre une soixantaine de décors et cinquante-quatre marionnettes. Le tournage a duré huit mois pour soixante-dix minutes de films (la version finale en comporte soixante-six), ainsi que huit mois supplémentaires pour sonoriser le film et rajouter par ordinateur les fonds (ciel, nuages, ...). Les marionnettes sont construites avec des armatures en fer, sur lesquelles a été rajoutée de la mousse de latex pour former le corps et les cheveux. Ici le visage des personnages à tout d’abord été réalisé en pâte à modeler, puis scanné pour être utilisé avec une imprimante 3D. De cette manière la tête des marionnettes est beaucoup plus légère que de la pâte à modeler, qui rendrait difficile l’animation des personnages.


Céline Sciamma n’a pas été choisie par hasard pour l’écriture du film. Scénariste formée à la Femis, elle écrit et réalise en 2006 son premier long métrage intitulé Naissances des pieuvres. Saluée par la critique, elle réalise ensuite Tomboy en 2011 et Bande de filles en 2014. La cinéaste représente avec toujours beaucoup de justesse la jeunesse en mutation, et elle arrive à créer des personnages à la fois hors du commun et au plus près de la réalité.


Ma vie de courgette est en fait la seconde adaptation du roman. En 2007 le cinéaste Luc Béraud réalise une version pour la télévision beaucoup plus fidèle au roman : C’est mieux la vie quand on est grand.

Pour aller plus loin

Le site internet de la production, avec de nombreuses informations sur le film, notamment le dossier de presse : http://ritaproductions.com/films/ma-vie-de-courgette/


Le livre dont est inspiré le film, mais recommandé pour les plus grands. Il est habituellement étudié en classe de 3ème, à partir de 14 ans : Paris Gilles, Autobiographie d’une courgette, Editions Flammation, Collection GF Etonnants classiques, 2013 (première édition en 2002 chez l’Editeur Plon)


Le Service National d’Accueil Téléphonique de l’Enfance en Danger : 24h/24 et 7j/j des professionnels de l’enfance sont à votre écoute au 119, un numéro gratuit dédié à la prévention et la protection des enfants en danger ou en risque de l’être. http://www.allo119.gouv.fr/


Pour en savoir plus sur ce film et son réalisateur, pour connaitre ses sources d'inspiration ou ses secrets de fabrication, découvrez l'entretien de Benshi avec Claude Barras.

Fiche rédigée par Laetitia

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