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Oripeaux

  • De Sonia Gerbeaud et Mathias de Panafieu
  • 2014
  • 10 min

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Catégorie : Le sens de la vie   L’aventure, c’est l’aventure  

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À partir de 7 ans
Poster de Oripeaux

Fiche rédigée par  Marie Avatar de Marie

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Synopsis

Aouuuuuh ! hurlent les coyotes au cœur de la nuit noire. Dans un village isolé, seule la petite June n’en a pas peur. Tous, pourtant, les craignent et les chassent. Personne ne se doute de la relation singulière qui lie la jeune fille à ces animaux sauvages. Surtout pas son père et ses amis chasseurs.

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L'avis de Benshi

Derrière le mystérieux mot « Oripeaux » et sa polysémie, se cache une aquarelle animée qui propose une réflexion sur les liens entre hommes et bêtes et sur l’émancipation à travers un réseau d’oppositions.

Ce qui émerveille d’emblée dans le film, c’est la palette de couleurs choisie : les dessins du village et de la forêt sont colorés de bleu et peuplés de personnages habillés d’ocre. Le jaune plus chaud d’une fenêtre éclairée ou d’un incendie vient éclairer par intermittence ce monde presque monochrome.

Les lieux indéterminés du village et de la forêt, la solitude d’une petite fille au milieu de chasseurs, les coyotes, donnent un air de conte au film. Mais ici, le récit initiatique se double d’une réflexion philosophique. La subtilité du film vient du travail fait sur l’apparence des personnages et leurs voix. June et les coyotes s’opposent aux chasseurs par leur silence et la douceur de leur regard. Les hommes qui les entourent, eux, parlent fort, dans une langue inconnue : entre grognements et onomatopées, on reconnaît seulement certains mots comme « maison », « coyotes », ou bien encore le prénom « June » que vocifère son père. June cherche la compagnie des coyotes jusqu’au travestissement, en cherchant à se revêtir d’une de leur peau. On retrouve là le double sens du mot « oripeaux », qui signifie à la fois peau et vêtement. Face au jeu de double June-coyotes, les chasseurs ont l’apparence de curieux animaux aux proportions ridicules. Homme-éléphant, homme-crustacé, hommes-singes, ceux qui prennent les armes pour tuer sans réfléchir les animaux qui rôdent imposent leur présence par leur fusil et leur force. June, elle, c’est sans arme et avec sa seule curiosité que, travestie en animal, elle recherche la présence des coyotes. Par cette quête, elle cherche à s’émanciper de chasseurs dont la brutalité et les regroupements alcoolisés sont bien éloignés de sa douceur et de sa solitude. Face à ces hommes aveugles à percevoir qu’une autre communauté existe, June, en partant à la rencontre de l’inconnu jusqu’à la métamorphose, cherche aussi à braver son père. La partition musicale, une musique cajun entrecoupée des sons du oud, une guitare orientale, accompagne la trajectoire de June dont les traits esquissent davantage de maturité à la fin du film.

La réflexion philosophique sur laquelle débouche le film est liée à l’effet de chute qui renvoie le spectateur à lui-même et aux liens qu’il entretient avec les bêtes. Il est aussi invité à voir, derrière l’animal et June, son double, une métaphore de la différence.

Petite perle du cinéma animé, le gracieux Oripeaux est à voir absolument.

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Pour quel public ?

L’univers aquarellé, les liens hommes-bêtes et leurs significations plairont aux jeunes spectateurs dès 6/7 ans, mais les plus âgés pourront davantage explorer la dimension philosophique et politique du film.

Bonnes raisons de voir le film

  • Pour s’émerveiller devant une aquarelle animée qui met en scène le lien singulier entre une petite fille et des coyotes sauvages
  • Pour réfléchir au sens métaphorique et philosophique d’un travestissement
  • Pour réfléchir sur les liens entre les hommes et les bêtes, sur un air cajun coloré d’accents orientalisants

Infos complémentaires

Originaire d’Annecy, Sonia Gerbeaud pouvait-elle se diriger vers une autre destination que le film animé ? Diplômée des Beaux Arts de Poitiers (une des rares écoles de dessin à proposer un cursus « animation »), c’est à travers ce medium que Sonia Gerbeaud raconte d’abord des histoires. Avec Mathias de Panafieu – qui suit le même cursus qu’elle -, elle réalise Oripeaux, un premier court métrage écrit à quatre mains.
Pour en savoir plus sur Sonia Gerbeaud, son parcours et ses travaux, visitez ce lien : http://femmesdanim.fr/fiche/43/Gerbeaud-Sonia
et découvrez une démo peuplée des personnages de ses films.

Une interview des deux réalisateurs.

Les deux co-réalisateurs expliquent dans cette passionnante interview que le film s’inspire d’une anecdote vécue lors d’un de leurs nombreux voyages : en découvrant des peaux d’animaux en Nouvelle-Zélande, ils se sont demandés ce qui pourrait arriver si elles prenaient vie ! Ils expliquent aussi leurs choix artistiques et techniques : si les dessins sont constitués de tâches aquarellées, ils ont été ensuite numérisés. « Les personnages avancent dans des textures », qui donnent un aspect « à la fois brut et naïf » mais aussi « artisanal » aux images, expliquent-ils.

Après avoir achevé leur film, les deux réalisateurs sont repartis en voyage, laissant derrière eux les 12 000 images qui lui ont permis d’exister.

Le film Oripeaux a été sélectionné dans de très nombreux festivals.

Pour aller plus loin

Parce que hommes et bêtes entretiennent des jeux d’identification évidents avec les enfants, les animaux peuplent de nombreux films jeune public. À travers le monde animal, les enfants apprennent en effet à grandir, avec des images et des mots qui font peur, rêver, conseillent ou font rire.

Avec la figure des coyotes, animaux sauvages proches de June, qui la guident dans son désir d’émancipation, Oripeaux s’inscrit ainsi dans le programme « animaux » que propose Benshi. Les films, courts ou longs, qui dialoguent le mieux avec le court métrage de Sonia Gerbeaud et Mathias de Panafieu sont :
Le Loup blanc
Pierre et le loup
Les enfants loups, Ame et Yuki
Le Livre de la jungle, animé ou en prise de vue réelle
Le Serpent blanc
ou encore, à partir de 10 ans, Princesse Mononoké

Et parce que voir des films donne envie de lire, voici quelques titres conseillés par Babelio : récits, documentaires ou BD, les animaux en sont ici les personnages-clefs.

Pour continuer à réfléchir aux liens entre les hommes et le monde animal, allez visiter, le temps du weekend ou d’une visite à Paris, La Grande Galerie de l’Évolution ou encore l’atypique et ludique Musée de la chasse et de la nature.

Enfin, allez faire un tour du côté des photographies d’Amy Stein, une artiste américaine qui réfléchit à la notion de frontière entre vie sauvage et civilisation avec la série Domesticated.

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