Ponette

Ponette

Réalisé par Jacques Doillon
Durée : 1h40
| 1996 | France
Ma note :

Synopsis

Ponette, quatre ans, se retrouve à l’hôpital, le bras cassé, après un accident de voiture où sa mère a trouvé la mort. Après l’enterrement, son père, qui travaille à Lyon, la confie à sa tante, à la campagne, chez qui elle retrouve ses cousins Mathias et Delphine. Ponette ne se résout pas à la mort de sa mère et cherche obstinément un moyen de lui parler, de la faire revenir.

L'avis de Benshi

Ponette est un film hors norme. Expérience unique dans l’histoire du cinéma qui fait entièrement reposer un film extrêmement dialogué sur les épaules d’une enfant de quatre ans, présente à tous les plans, et de surcroît un film sur le deuil de la mère. Pari fou, pari réussi car Jacques Doillon a un don rare : celui de savoir filmer des enfants, c’est-à-dire filmer avec eux, les considérer à l'égal des adultes comme de véritables acteurs qui interprètent un rôle, qui travaillent pour cela. Il tourne Ponette après plus de vingt longs métrages dont un certain nombre consacrés à des personnages d’enfants et d’adolescents (Un sac de billes, Les Doigts dans la tête, Le Petit criminel, Le jeune Werther, La Drôlesse...). Il sait faire advenir la vérité des enfants et la filmer pour la mettre au service de son projet artistique.
Montrer Ponette à des enfants peut paraître délicat du fait de son thème : comment une enfant de 4 ans peut-elle faire le deuil de sa mère ? Ponette est avant tout un film sur la croyance et c’est ce point en particulier qui est « délicat », car aborder la religion est aussi vecteur d’inquiétude. Autour de Ponette, beaucoup d’adultes croient en un dieu, clairement chrétien. Ponette, elle, en quoi croit-elle ? Simplement dans le retour de sa mère. Elle attend. Elle a besoin de ce temps d’attente où elle cherche son propre chemin, avant de retourner dans la vie. Le film de Jacques Doillon est un conte, c’est ce qui le rend visible par les enfants, car il conserve une part de mystère dans laquelle chacun d’entre eux pourra y glisser son interprétation, sa propre croyance.
C’est de surcroît un film bienveillant. Bienveillant dans sa réalisation, Ponette a été tourné avec de très jeunes enfants (entre 4 et 7 ans) dans un respect absolu de ses jeunes acteurs (à voir sur ce point le magnifique film de Jeanne Crépeau Jouer Ponette, (Canada, 2006, 90 min)), et à partir d’un scénario constitué de dialogues entièrement composés à partir de la parole des enfants, recueillie lors du gigantesque travail de casting auquel le film à donné lieu. Ainsi Victoire Thivisol (prix d’interprétation polémique au festival de Venise (1996) pour son rôle de Ponette) s’adresse à Marie-Hélène Encrevé, psychologue présente sur le plateau tout au long du tournage, après la séquence du cimetière : « Tu ne t’inquiètes pas, c’est des larmes de film. »
Bienveillant aussi envers ses spectateurs, c’est-à-dire qui veut du bien à ses spectateurs au sens étymologique de ce qu’est le bien : qui possède une valeur morale, ce qui est juste et honnête.  Chacun a déjà ressenti ce sentiment de révolte et de déni face à la mort d’un être proche, ce sentiment de l’impossible, de l’indicible, de folie. « Arrête de faire ta folle » dit son père à Ponette, il la tire violemment par le bras pour l’arracher à son entêtement mutique à croire au retour de sa mère. Il sait qu’elle n’a besoin que d’une chose : trouver sa vérité. En restant vrai lui-même, il peut l’aider.
Ponette ne devrait donc pas être un film qui fait peur. Il est essentiel d’accompagner les enfants dans leurs questionnements sur la mort et la religion. L’art nous permet de le faire.

Pour quel public

A partir de 8 ans. A voir en famille pour pouvoir en parler ensemble.

Bonnes raisons d'aller voir le film

1
Pour découvrir une actrice incroyable : Victoire Thivisol
2
Pour accompagner vos enfants dans leurs questionnements sur la religion et la mort
3
Pour voir un film unique dans l'histoire du cinéma, d'une force et d'une émotion bouleversantes

Infos complémentaires

Après le prix d'interprétation contesté remis à Victoire Thivisol au festival de Venise, Jacques Doillon s'explique dans L'Express :
http://www.lexpress.fr/informations/ponette-doillon-repond_618235.html

Le fim fait partie du dispositif national d'éducation au cinéma Ecole et Cinéma. Alain Bergala, ardent défenseur du film, a rédigé le merveilleux Cahier de Notes qui accompagne les enseignants et les passeurs d'images dans leur travail de transmission auprès des enfants. Une lecture grandement recommandée avec une description de la méthode de tournage de Jacques Doillon et le point de vue éclairé et éclairant de Alain Bergala : http://www.cnc.fr/web/fr/ecole-et-cinema1/-/ressources/5294285

Pour aller plus loin

Un film merveilleux à découvrir : Jouer Ponette, de Jeanne Crépeau (Canada, 2006, 90 min).
Sous le regard d’un metteur en scène, Jacques Doillon, exigeant et rigoureux mais aussi généreux et confiant, Victoire Thivisol, une actrice de quatre ans particulièrement douée avance, prise après prise, à la rencontre de son personnage.

Entièrement constitué d'images en vidéo noir et blanc du combo de tournage du film Ponette de Jacques Doillon, sans voix off, ni interview, Jouer Ponette donne à voir et à entendre le travail patient d'un cinéaste et de quelques acteurs aussi doués que déterminés. A partir de ces enregistrements des différentes prises et de quelques répétitions, le montage fait ressurgir des bribes de conversation qui donnent autant d'indices avec lesquels on peut tenter (comme ferait un archéologue à partir d'un morceau de faïence ancienne) de reconstituer l'ensemble de l'ouvrage. Un film composé de fragments, précieux, rarissimes dans l'Histoire du cinéma qui posent un certain nombre de questions sur le jeu de l'acteur et sur le rapport entre metteur en scène et interprète, au cœoeur même de la création. Quelques textes en surimpression composent le commentaire, quelques fois ironique, qui aiguille le regard du spectateur et le guide sur le chemin qu'a suivi une petite fille de 4 ans - depuis un premier jour de tournage impossible - jusqu'au prix d'interprétation féminine 1996 de la Mostra de Venise.  

« Jouer Ponette n’est ni une méthode pour devenir acteur, ni une analyse de film, ni une réponse définitive à la question du rapport entre un cinéaste et son interprète. Ce sont quelques hypothèses, tout au plus. Le grand respect et l’admiration que j’ai pour ce travail n’interdisent pas un regard tendrement ironique. » Jeanne Crépeau.

Fiche pétagogique du festival Ciné-Junior où le film était présenté en compétition en 2008 : http://www.cinemapublic.org/IMG/pdf/JouerPonette.pdf

Ponette est inscrit au catalogue du dispositif national Ecole & Cinéma. Retrouvez la fiche "en famille" sur la plateforme Nanouk 

Fiche rédigée par Sarah

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