Tomboy

Tomboy

Réalisé par Céline Sciamma
Durée : 1h22
| 2011 | France
Ma note :

Laure a 10 ans, des parents aimants, et une petite sœur dont elle est proche : Jeanne. Laure est un garçon manqué. Arrivée dans un nouveau quartier, elle fait croire à Lisa et sa bande qu’elle est un garçon. Action ou vérité ? Action. L’été devient un grand terrain de jeu et, hors de l’appartement, Laure devient Michaël, un garçon comme les autres, suffisamment différent pour attirer l’attention de Lisa qui en tombe amoureuse. Laure profite de sa nouvelle identité comme si la fin de l’été n’allait jamais révéler son troublant secret.

Pour son second long métrage, Céline Sciamma aborde de nouveau un thème qui lui est cher : celui de la construction de l’identité, et de l’identité sexuelle notamment. Tomboy est un film d’un réalisme poignant sur l’univers de l’enfance : entre la famille, les jeux, l’intégration au groupe, et l’affirmation de soi, c’est une période où, finalement, tout n’est pas si facile. Dans chaque scène qui semble être une tranche de vie, les personnages ne réfléchissent pas sur ce qui leur arrive, mais agissent. C’est par un quiproquo que Laure, androgyne et garçon manqué (tomboy, en anglais), est prise pour « un nouveau » à son arrivée dans le quartier. On suivra ainsi le récit d’infiltrée de Laure/Michaël qui, dans son double jeu, entretient le suspense : elle se demande en permanence si elle va être démasquée ou non et quel sera le moment où tout basculera et qu’elle devra assumer les conséquences de son mensonge, et le spectateur avec elle. L’actrice, Zoé Héran, porte le film sur ses épaules avec talent, on se laisserait presque convaincre qu’elle est un garçon. Le jeu des acteurs est naturel et spontané, et la complicité entre les deux sœurs est d’une réalité frappante. C’est pourquoi, le spectateur peut se sentir d’autant plus proche des personnages. Et pour ne pas créer de distance entre ces deux derniers, la réalisatrice a choisi de faire un film sans bande originale, considérant que la musique serait ici « comme un commentaire adulte sur la situation, là où le film cherche sans cesse à être à hauteur d’enfant ». Une seule scène est musicale : sur un son pop et électro de Para One, Laure/Michaël et Lisa dansent avec énergie : c’est un temps fort dans le film. Malgré un thème principal qui n’est pas léger, et qui interroge, ce film, à la manière de cette unique musique, reste « pop » et plein de fraîcheur. Cet effet était voulu par la réalisatrice, et se trouve renforcé par l’esthétique particulière des images dans l’œuvre : des couleurs vives, chaudes, et contrastées, un rendu permis par le Canon 7D, un appareil photo-caméra. Soigneusement choisi pour ses qualités techniques, ce dispositif a également été choisi pour sa légèreté et la volonté d’un certain minimalisme sur le tournage. Sur le plateau, l’équipe de tournage est réduite, le budget serré et des décors préexistants : dès sa genèse, Tomboy est pensé pour être tourné rapidement, en seulement trois semaines. Il en résulte une énergie folle qui entre en résonance avec le cœur du film : l’enfance et son sentiment d’urgence. Tomboy est donc un film à l’image de sa fabrication, vif, léger, lumineux et indépendant. Adoptant la temporalité de l’enfance, Tomboy est donc un beau film, riche, tant cinématographiquement que dans le sujet qu’il aborde. On en sort touché, et interrogé. Une belle expérience à vivre, à partir de 9 ans.

Avec une temporalité assez lente et un sujet pas toujours simple, nous conseillons ce film à partir de 9 ans.

1
Pour se laisser convaincre que Laure est Michaël, dans l’émotion et le plus grand suspense
2
Pour découvrir une œuvre à la fois réaliste et pétillante, qui aborde de vrais questionnements de l’enfance
3
Pour la fraîcheur et la spontanéité des jeunes acteurs, qui nous plongent dans leur univers
4
Pour le rendu « pop » des couleurs à l’écran, vives, chaudes et contrastées, typique de la caméra Canon 7D

Infos complémentaires

Pour constituer la bande d’enfants que son personnage va intégrer, Céline Sciamma demande à Zoé Héran de lui présenter ses amis. Ainsi Noah, Cheyenne, Ryan, qui portent leur véritable nom dans le film, seront recrutés pour l’aventure. Si les scènes de jeux de groupes sont si réalistes, c’est qu’une réelle complicité existe entre ces jeunes acteurs non professionnels. Ainsi, lorsqu'il s'agissait de filmer le groupe, la réalisatrice laissait plus de liberté aux enfants que lorsqu'elle tournait en comité réduit avec les deux actrices principales où, en revanche, la mise en scène était plus verrouillée.

Pour aller plus loin

Le dossier pédagogique de « Collège au cinéma », téléchargeable sur le site Transmettre le cinéma, du Lux de Valence :
http://www.transmettrelecinema.com/film/tomboy/

La fiche film Ciné 32 :
https://docs.google.com/file/d/0B5nRIGUFP_GBWW9MVzliLXAzZGs/edit

Le dossier de presse du film :
http://www.lafermedubuisson.com/IMG/pdf/dptomboy-2.pdf


Tomboy est inscrit au catalogue du dispositif national Ecole & Cinéma. Retrouvez la fiche "en famille" sur la plateforme Nanouk

Fiche rédigée par Mathilde

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