Treeless Mountain

Treeless Mountain

Réalisé par Kim So-Yong
Durée : 1h29
| 2008 | Corée du Sud
Ma note :

Jin et Bin sont deux jeunes soeurs qui vivent à Séoul, en Corée du Sud. Leur mère part à la recherche de leur père et les confie donc à leur tante, qui vit dans un petit village. Elle donne à ses enfants une tirelire-cochon rose et leur dit que lorsque la tirelire sera pleine, elle reviendra. Les deux jeunes filles changent donc d’environnement, font de nouvelles rencontres et apprennent à se débrouiller seules pour nourrir leur espoir de revoir leur mère…

Ce film coréen est d’une rare beauté. Le charme opère pour différentes raisons : tout d’abord, parce que les personnages principaux sont des enfants. Leurs expressions sont sincères, et la douceur et l’innocence de leurs visages nous plongent dans un univers simple, dans lequel vos enfants pourront facilement se projeter, notamment grâce à la proximité de leur âge par rapport à celui des fillettes. Toutes deux sont des actrices non professionnelles, ce qui crée un réalisme touchant. Ce même réalisme est accentué par une esthétique épurée, uniforme et simple : les visages des filles sont filmés en gros plans, caméra à l’épaule (le plan n’est jamais vraiment fixe, il bouge légèrement, à la manière des films documentaires). De cette façon, la proximité avec les enfants est accentuée, le spectateur se trouve tout près d’elles, plongé dans leur quotidien quelque peu bouleversé par l’absence de la mère.


Le scénario contribue également au charme de ce film. Précisons qu’il n’est pas si simple, puisqu’il raconte comment deux enfants se font abandonner par leur mère. Au début du film les soeurs sont déçues, tristes. En revanche, et c’est là que réside toute la beauté du film, leur innocence les aide à passer outre cela, grâce à l’objectif que leur a fixé leur mère (d’une manière assez paradoxale !) : quand la tirelire sera pleine, elles la reverront. Voilà comment un scénario en apparence dur et social, peut devenir onirique et poétique, comme les enfants et l’espoir qu’ils entretiennent (symbolisé par cette grosse tirelire rose).


Les fillettes, par moments livrées à elles-mêmes, découvrent une nouvelle vie, qui leur font relativiser le départ de leur mère. Elles se focalisent sur leur tirelire, sans même avoir conscience de la valeur de l’argent, et deviennent amies avec les voisins du petit village. Le rythme du film, assez lent, nous plonge dans un état contemplatif face aux images de nature et aux visages des jeunes soeurs. On se croirait dans les champs avec Jin et Bin, à chasser les sauterelles avec elles, l’espace d’un instant.


Laissez-vous bercer par le doux rythme de cette belle histoire et positivez avec vos enfants sur la simplicité et la beauté du monde qui nous entoure !

Ce film est visible à partir de 8 ans, afin que l'histoire des filles soit comprise facilement par nos chers petits spectateurs.

1
Pour le plaisir de voir jouer des enfants à l’écran, actrices non professionnelles, pleines d’innocence et de douceur, et de voir le monde à travers leur regard
2
Pour le rythme du film, qui laisse le temps de contempler de belles images, telles des photographies dressant le portrait d’une Corée du sud, entre paysages urbains et ruraux
3
Pour le traitement d’un sujet social peu évident, d’une manière si simple qu’il en devient ancré d’insouciance et de poésie

Infos complémentaires

Le titre Treeless Mountain signifie « la montagne sans arbre ». Les filles attendent chaque jour leur mère sur un petit monticule de terre et elles trouvent une grande branche :
BIN : Regarde j’ai trouvé un arbre !
JIN : Il est mort.
BIN : C’est pas vrai !
JIN : On essaye de le planter ?
L’arbre est le symbole des origines, de l’enracinement, compromis dans ce film puisque les deux soeurs sont en terre inconnue, sans leur mère. Planter un « arbre mort » est donc un symbole très fort, mais c’est aussi une belle illustration de l’imaginaire enfantin : transformer une vieille branche en arbre.


Pour ne pas trop intimider les jeunes actrices, la caméra les filmait de loin avec une équipe technique réduite. Kim So-Yong guidait les jeunes filles pendant le tournage, en leur donnant des instructions. Sa voix a ensuite été effacée au montage.


Ce film recèle un caractère autobiographique : la mère de la réalisatrice coréenne, après son divorce, est partie vivre aux USA pour se reconstruire, et elle ne l’a rejoint que lorsqu’elle avait douze ans. Durant ces jeunes années en Corée, elle a vécu dans une ferme chez ses grands parents. Lors du tournage, ce sont les jeunes filles qui ont modernisé le dialogue, car Kim So-Yong avait gardé le vocabulaire coréen de son enfance.

Pour aller plus loin

Quelques pistes d’analyses pour discuter avec vos enfants/élèves :


Lorsque les fillettes sont en ville, les plans sont très serrés sur leurs visages. Quand elles arrivent à la campagne, ils s’élargissent de plus en plus. Les soeurs ne sont plus enfermées dans leur condition d’enfant abandonné. Vous pouvez vous amuser à repérer (et trier) les plans du film en catégories « plans larges » et « plans serrés ». C'est une bonne introduction à l’analyse d’images.


On retrouve ce type de plans serrés sur les visages des personnages chez des cinéastes comme par exemple John Cassavetes (Faces), Jacques Doillon (Ponette), ou Robert Bresson (Mouchette). Dans son film Au hasard Balthazar, Bresson a comme personnage principal un âne, ce qui ne l’empêche pas de le filmer en plan très rapproché. Le fait de choisir ces plans rapprochés crée une grande proximité entre les personnages et les spectateurs.


L’esthétique poétique propre à ce film, grâce à son rythme et à ses choix de cadrage, se retrouve dans d’autres films asiatiques : In the mood for love de Wong Kar Wai, Departures de Yōjirō Takita, Les sept samouraïs de Kurosawa, Les délices de Tokyo de Naomi Kawase, ou encore Porco Rosso de Miyazaki. Il s’agit là d’une sélection personnelle, dont les films (excepté le Miyazaki) sont à destination d’un public adulte. Pour les plus curieux d’entre vous, vous pouvez visiter le site ciné-asie qui ne parle, comme son nom l’indique, que de cinéma asiatique.


Le caractère social du film est tout aussi important, dans un contexte de « miracle économique » en Corée du Sud, qui ne touche malheureusement pas toute la population. Ici, la misère sociale est représentée à travers la situation dramatique dans laquelle les filles se trouvent : leur mère peine à s’occuper d’elles, elles sont une charge, un poids financier pour elle ; leur tante est alcoolique, et leurs grands-parents ont des trous dans leurs chaussures. Mais, du point de vue des enfants, cette misère sociale représente leur quotidien, et c’est finalement dans l’espace le plus modeste que les soeurs se sentent aimées et épanouies.


Le film offre justement une vue d’ensemble sur les différents espaces de vie, modestes, que les filles vont occuper successivement. Tout d’abord, Jin et Bin vivent à Séoul dans une barre d’immeuble type HLM. Lorsqu’elles déménagent chez leur tante, c’est un petit village excentré qui se laisse découvrir. Enfin, c’est dans une ferme isolée, au milieu des champs, que les deux soeurs s’épanouissent, loin de la société moderne qui leur a tourné le dos. La société traditionnelle s’avère alors ici la plus avenante et la plus accueillante. Et c’est finalement dans l’isolement que les filles se plaisent le mieux, comme loin des problèmes sociaux et familiaux.


Le scénario repose sur un paradoxe : la mère cause le trouble de ses filles en les abandonnant, mais elle et les aide à s’en défaire, en détournant leur attente avec cette idée de tirelire à remplir. Cela peut rappeler La vie est belle de Roberto Benigni, qui transforme les camps de concentration en un grand jeu pour son fils.


Treeless Mountain est inscrit au catalogue du dispositif national Ecole & Cinéma. Retrouvez la fiche "en famille" sur la plateforme Nanouk

Fiche rédigée par Alice

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