Un animal, des animaux

Un animal, des animaux

Réalisé par Nicolas Philibert
Durée : 59 min
| 1995 | France
Ma note :

Synopsis

Fermée pendant près de 30 ans au public, la Grande Galerie de Zoologie du Museum National d’Histoire Naturelle va rouvrir. Le projet du réalisateur Nicolas Philibert est de donner à voir la résurrection, entre 1991 et 1994, de ce lieu somptueux et de dizaines de milliers d’animaux naturalisés - dinosaures, poissons, lions, reptiles, crustacés - tombés dans l’oubli. Le film emmène les spectateurs dans les laboratoires et réserves qui ont conservé pendant toutes ces années des animaux et insectes fascinants.

L'avis de Benshi

Avec des parti-pris de réalisation exigeants, le documentaire de Nicolas Philibert nous invite dans les coulisses d’une restauration, celle de la Grande Galerie de Zoologie de Paris. Créée à la fin du XIXe siècle, fermée depuis 1965, celle-ci va rouvrir ses portes en 1994, comme nous l’indiquent les cartons qui inaugurent le film. Si le film permet de découvrir l’équipe de taxidermistes, scientifiques et ouvriers qui a rendu possible la réouverture du lieu, Un animal, des animaux laisse surtout la part belle aux animaux.

C’est sous le signe de l’humour et de la poésie que s’ouvre le film. Le premier plan nous donne, en effet, à voir un camion qui entre dans le cadre : quels animaux transporte-t-il donc ? Il ne s’agit pas de n’importe quelles bêtes, mais d’animaux naturalisés. Ceux-ci nous apparaissent d’emblée à la fois réels et irréels, morts et vivants. La musique légèrement burlesque installe une sorte de malice poétique qui va donner le ton au film.

Des photos d’archives qui représentent le bâtiment du Museum d’Histoire Naturelle et des animaux naturalisés font suite à ce premier plan. Le choix d’une matière d’image ancienne et « arrêtée » est judicieux pour mettre d’autant plus en valeur la résurrection qui va suivre. Après les premiers coups de marteau des ouvriers qui retapent ce lieu, des gros plans donnent à voir singes, panthères, lions et phacochères. Ces animaux, de leurs regards, leurs poils, leurs défenses, leurs truffes ou leurs crocs, sont comme une adresse aux spectateurs. Ces bêtes, en effet, semblent nous regarder et nous raconter leur vie sauvage. Derrière leurs attributs, on devine presque la nature qui les a habités, on entend les combats dans la savane, l’herbe que leurs pattes ont foulée.

Si les musées d’Histoire Naturelle ont la difficile mission de montrer une nature vivante à partir de ce qui est mort ou disparu, le film de Philibert parvient dans le même élan à donner vie à l’inanimé. Le réalisateur filme les spécialistes qui restaurent lieux et bêtes, mais ceux-ci manifestent aussi leur présence par le hors champ sonore, à travers leurs voix, mais aussi toutes sortes de bruits de machines, de papiers et d’emballages divers qui renvoient à leurs activités de restauration. Tous ces sons habillent alors les animaux, le plus souvent filmés en gros plans. Certains bruits de machines, que le montage associe aux animaux, pourraient même passer parfois pour des cris de bêtes ! Avec ces choix de montage son/image, et en oscillant entre gros plans et plans d’ensemble sur cette communauté animale que découvriront les publics à l’ouverture du musée, Nicolas Philibert parvient à redonner vie aux animaux. Avec ce film sans commentaire, le réalisateur choisit, ainsi, de s’effacer pour laisser les animaux au premier plan. La conséquence de ces choix est la mise en place d’une forme d’anthropomorphisme, là encore malicieux : les bruits des machines, les voix humaines, les déplacements des différents spécialistes, les coups de pinceau méticuleux de la communauté humaine en charge de la restauration donnent un aspect humain aux bêtes, au point que certains très gros plans sur les yeux des animaux nous donneraient envie de parler de « regard-caméra ». Oui, ces animaux nous regardent !, nous semble-t-il.

Si un humour discret est distillé tout le long du film, c’est la poésie qui l’emporte. On peut penser à un taxidermiste qui lance à une collègue au sujet d’un petit singe « lui, il est à moi, je l’aime bien celui-là », ou un autre qui dit, en le caressant, au sujet d’un renard trouvé écrasé sur le bord d’une route « il s’en est bien sorti ». Mais quand les animaux arrivent, enfin ressuscités, dans la Galerie restaurée, le spectateur a le sentiment d’assister au défilé d’autant de trésors. Les dernières images du film donnent la mesure du grand œuvre accompli qui prend des aspects démiurgiques de Création du monde, comme tirée d’un déluge ancien.

Avec humour et poésie, ce documentaire, à découvrir en famille, rend un bel hommage au règne animal. Allez visiter, pour prolonger votre séance, la Grande Galerie de Zoologie appelée aujourd’hui Grande Galerie de l’Évolution !

Pour quel public

Le film peut être vu à partir de 6 ans.

 

Bonnes raisons d'aller voir le film

1
Pour découvrir la forme documentaire à travers de fascinants animaux naturalisés, restaurés par des spécialistes amoureux des bêtes
2
Pour explorer les coulisses de la restauration d’un lieu superbe, aujourd’hui connu comme la Grande Galerie de l’Évolution
3
Pour admirer comment le cinéma peut redonner vie, avec humour et poésie, à des animaux naturalisés et ainsi rendre un bel hommage au monde animal

Infos complémentaires

La Galerie de Zoologie, inaugurée en juillet 1889, présente plus d’un million de spécimens, organisés selon la classification systématique. La presse et les publics découvrent le lieu avec enthousiasme. Mais, après la Seconde Guerre Mondiale, le Muséum ne parvient pas à moderniser les présentations de la galerie et à assurer leur entretien tout en maintenant l’activité scientifique des laboratoires de recherche. Ainsi la galerie doit-elle être fermée au public pour des raisons de sécurité, en 1966. La verrière, endommagée lors de la Libération de Paris par des éclats d’obus, est recouverte alors d’un toit en zinc qui protège les collections des intempéries et de la lumière.

Le tournage d’Un animal des animaux s’est étalé sur quatre années, nécessaires à la restauration de la Galerie de Zoologie du Muséum d’Histoire Naturelle de Paris, par la suite rebaptisée Grande Galerie de l’Évolution. Dans le milieu des années 80, un projet de rénovation voit le jour. On fait alors appel au cinéaste René Allio pour proposer une scénographie du lieu. En 1991, à l’ouverture des travaux, celui-ci invite Nicolas Philibert, alors en plein tournage du Pays des sourds, à assister au début des travaux. Philibert, dès cette première visite, imagine un film qui montrerait les différents stades et équipes qui travaillent sur la restauration. Accueilli avec enthousiasme, le projet trouve un financement et le tournage peut débuter. Nicolas Philibert vient alors régulièrement sur les lieux pour suivre et filmer l’évolution du chantier.

Le réalisateur Nicolas Philibert est surtout connu du public pour ses longs métrages documentaires, La Ville Louvre (1990), Le Pays des sourds (1992), La Moindre des choses (1996), Être et avoir, film récompensé par le Prix Louis Delluc en 2002 et le César du meilleur montage en 2003, Nénette (2010) et La Maison de la Radio (2013). Un animal, des animaux obtient, quant à lui, le Prix du meilleur film au Festival de Florence en 1994. Ce qui intéresse et fait le matériau des films de ce réalisateur est assurément l’étrangeté du monde vivant et l’idée de coulisses !

Pour aller plus loin

Pour se procurer les films documentaires de Nicolas Philibert : http://www.editionsmontparnasse.fr/p338/Un-animal-des-animaux-DVD

Consultez aussi la fiche du film sur le site Transmettre le cinéma : http://www.transmettrelecinema.com/film/un-animal-des-animaux/

L’exposition "Évolution(s) d’une galerie" revient sur toute l'histoire de la Galerie depuis le Cabinet d'Histoire naturelle au XVIIe siècle jusqu'à la Grande Galerie de l'Évolution inaugurée en 1994, en passant par la Galerie de Zoologie fermée pendant près de 30 ans : http://www.grandegaleriedelevolution.fr/fr/galerie/histoire-galerie/nouvelle-galerie-zoologie

Vous pouvez aussi consulter un ouvrage consacré à la restauration de la Grande Galerie : Le réveil de la Nef, la rénovation du Muséum national d'Histoire naturelle, Ed. Montparnasse

Du 12 octobre 2016 au 19 juin 2017, le Museum d’Histoire Naturelle propose une belle exposition, pleine d’humour et riche d’informations sur les ours, Espèces d’ours ! Saviez-vous, par exemple, que le panda est une sorte d’ours ? http://www.mnhn.fr/fr/visitez/agenda/exposition/especes-ours

Et bien sûr, je ne vous conseillerai jamais assez d’emmener vos enfants à l’étonnant Musée de la chasse et de la nature. Le 8 février 2017, parce qu’en chaque homme sommeille un ours !, le lieu célèbre la fête de l’ours !

Enfin, difficile de parler du Museum d’Histoire Naturelle sans penser à la série "Adèle Blanc-Sec" de Tardi ! À découvrir à partir de 10 ans, la première BD de la série, Adèle et la bête, commence par une enquête sur un œuf de ptérodactyle échappé d’une vitrine… de la Grande Galerie de Zoologie ! Si vous vous rendez au Jardin des Plantes, les longs bâtiments d’époque vous raconteront immédiatement des histoires, entre Adèle Blanc-Sec, Harry Potter ou encore le plus récent  Miss Pérégrine et les enfants particuliers de Tim Burton.

Un animal, des animaux est inscrit au catalogue du dispositif national Ecole & Cinéma. Retrouvez la fiche "en famille" sur la plate-forme Nanouk

Fiche rédigée par Marie

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