Bisclavret

  • De 

    Emilie Mercier

  • 2011

  • 14 min

  • France

Une Dame, épouse d'un Baron, s'étonne de voir son mari s'absenter souvent et le questionne : il lui avoue qu'il se dénude et devient Bisclavret. Transformé en loup, il saccage, pille et tue. Effrayée et prise de dégoût, la Dame révèle ce secret à un chevalier qui lui fait la cour depuis longtemps. Elle s'offre à lui et lui demande de récupérer les habits du Baron pendant l'une de ses sorties nocturnes, le condamnant ainsi à errer sous son aspect animal…

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  • Version française

L'avis de Benshi

Emilie Mercier a brillamment réussi, avec poésie et inventivité, à faire revivre un texte littéraire de 800 ans. En langue bretonne, Bisclavret désigne un homme qui devient loup-garou. Ce court métrage fait voyager petits et grands au Moyen-Age, tant par sa narration que par son esthétique. Dès le début, l'univers du film est emmené par la voix off qui conte ce récit d'un autre temps avec une langue française aux tournures désuètes mais ô combien charmantes et entraînantes. Vers et rimes content le récit d'un homme-animal (thématique récurrente de l'histoire de l'art) trahi par sa Dame, mais plus encore de la vengeance de ce dernier.

Il est enrichissant de s'interroger avec le jeune public sur la véracité du lai, notamment parce que le texte de Marie de France (et donc la voix off) joue de cela :

« L'aventure que j'ai contée

Est vraie, il n'en faut point douter.

Le « Lai du Bisclavret » fut fait pour qu'on s'en souvienne à jamais. »

Dans les plans du film, les figures géométriques et les différents motifs font immédiatement penser à des enluminures et des vitraux. Mais c'est surtout grâce à la technique de colorisation du papier à l'encre que toutes les sublimes couleurs et leurs transparences créent un film qui devient une sorte de « vitrail animé ».

A travers son court métrage, la réalisatrice réussit avec brio à transmettre au (jeune) public un texte du patrimoine de la langue française, et rien que pour cela, il mérite d'être vu !

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A partir de quel âge

Si ce court métrage est aussi fort et qu'il plaira autant aux adultes qu'aux enfants, c'est parce qu'il conserve la double lecture possible du Lai de Marie de France. Les enfants à partir de 8 ans comprendront le premier degré de l'histoire en admirant la beauté des images. Les adultes, eux, apprécieront tous les sous entendus du récit… La puissance du film provient par ailleurs du parti pris de la réalisatrice de représenter parfois les personnages nus, mais n'ayez crainte, cela n'ajoute que poésie et naïveté au film !

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Tranches d'âge:

Les bonnes raisons

  1. Pour la beauté des images, inspirées de vitraux, qui nous transportent dans un univers médiéval !
  2. Pour la voix off qui fait vivre le magnifique Lai de Marie de France, traduit en vers par Françoise Morvan
  3. Pour l'adaptation d'Emilie Mercier qui joue sur la modernité du texte du Bisclavret
  4. Pour la musique entraînante qui rythme les différentes étapes de la narration

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Informations complémentaires

A propos de l'origine du lai

Le lai est une forme particulière de poème qui est apparue au XIIème siècle. Au Moyen-Age, il a pour sens « mélodie » et/ou « récit chanté ». Le lai est donc proche du fabliau mais est emprunt à la mélancolie, aux sentiments. Selon certains spécialistes, ce genre provient de vieilles légendes celtiques et bretonnes. En France, le lai est intimement lié aux romans d'aventures, bien qu'il soit bien plus court. Marie de France est aujourd'hui l'auteure la plus connue pour la rédaction de lais.

A propos de la réalisatrice, Emilie Mercier

D'abord illustratrice, Emilie Mercier s'est très vite intéressée au cinéma d'animation. Ce type de cinéma fait appel au travail minutieux de nombreux techniciens, animateurs, et c'est ainsi qu'elle a participé à la réalisation de différents films présents sur Benshi : La jeune fille sans mains, Le Grand méchant Renard et autres contes, Phantom Boy, L'Histoire du petit Paolo ou encore Tout en haut du monde

A propos de la création du film

La réalisatrice a mis dix ans à réaliser ce court métrage et c'est sans doute pour cette raison qu'il est parfaitement abouti, tant du point de vue du récit que de la forme !

A propos du travail remarquable d'adaptation du Lai de Marie de France

« Pendant longtemps, j'avais tellement de respect pour le poème que je n'arrivais pas à commencer le travail d'adaptation. Il me semblait tellement fabuleux que je me sentais incapable de couper. Je n'arrivais pas à écrire le scénario non plus, je sentais que ça allait dans trop de directions. J'essayais de faire les choses dans l'ordre comme on nous l'apprend en animation : d'abord le scénario, puis le storyboard. J'ai fini par me rendre compte que ce que j'écrivais ne fonctionnait pas, était trop dilué, du coup, je me suis mise à faire le storyboard d'après le poème et non pas d'après le scénario. Après, j'ai écrit le scénario en lisant mes dessins. Sans eux, j'aurais été incapable de raconter cette histoire. »

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Rédigé par :

Réalisateur

Emilie Mercier