Harvey est un récit de deuil à hauteur d’enfant raconté à la première personne, Harvey lui-même, et dont la voix sert à la fois à retracer les faits qu’à interpréter l’ensemble des personnages du film. Le court métrage nous plonge entièrement dans le souvenir du petit garçon, qui nous invite à revivre dans les moindres détails la journée de la mort de son père jusqu’à ses funérailles.
Ce récit introspectif étonne et touche en plein cœur par sa capacité à ménager pudeur et frontalité des faits. Janice Nadeau fait le choix de représenter des moments marquants tels que le départ du défunt dans l’ambulance ou les adieux au-dessus du cercueil, assume les mots « mort » ou « crise cardiaque » ─ prononcés sans tabou par Harvey ─ tout en installant une atmosphère apaisée et parfois même légère. La réalisatrice parvient à dessiner avec justesse le point de vue d’un petit garçon lucide mais aussi fantaisiste face à la dureté de la perte. Une scène au funérarium, où Harvey est trop petit pour voir le visage de son papa, donne notamment lieu à une séquence animée à la fois drôle et poétique figurant les projections mentales de l’enfant d’après les remarques et observations des adultes. Le film déploie progressivement son inventivité formelle, mêlant habilement l’animation traditionnelle 2D aux papiers découpés, dans des teintes neutres rehaussées de touches de couleurs claires. Au son, la musique composée par Martin Léon berce ce récit délicat et donne au film sa profondeur.
La beauté du film repose sur l’équilibre entre la simplicité et la sincérité du témoignage d’un enfant qui cherche à dire au revoir et la puissance philosophique du regard d’Harvey. Dans la mythologie de la famille Bouillon existent deux printemps : « l’un blanc de lumière et l’autre vert d’herbes et de feuilles ». Ainsi commence et s’achève Harvey, comme une parole emplie de sagesse sur le sens de la vie, qui toujours continue.