C’est dans le cadre de leur dernière année d’études à l’ECAL en Suisse que Matthias Joulaud et Lucien Roux réalisent ce moyen métrage documentaire intitulé Ramboy. Le temps d’un été, le duo de réalisateurs suit le parcours de Cian, jeune adolescent, téméraire et rêveur sur l’île d’Achill, au large de l’Atlantique Nord en Irlande.
Au sein de ce film, les deux jeunes cinéastes s’attachent à décrire avec délicatesse l’univers physique et esthétique qui constituent le quotidien du jeune homme. Sur les magnifiques étendues vertes bordées de bleu de l’île d’Achill, le grand-père de Cian élève béliers et brebis. Le vieil homme transmet à son petit-fils les gestes de son métier. La caméra observe le désir de bien faire du jeune homme, ses hésitations, ses maladresses et surtout, sa témérité face à la difficulté des tâches - rabattre les bêtes grâce à Thomas, fidèle border collie, couper les cornes des béliers à la scie, tondre leur laine à la cisaille. La relation qu’entretient le garçon avec son grand-père est particulièrement touchante. Avec respect, Cian n’hésite pas à critiquer les pratiques de l’aîné, mais finit par les faire siennes. La présence de la caméra qui s’invite entre eux confère, on le sent, une pointe d’humour à leurs différends. Bien que dur en apparence, le vieil homme éprouve une tendresse palpable pour son petit fils et une fierté à le voir ainsi œuvrer à la poursuite de son travail.
L’apprentissage auprès des bêtes est entrecoupé de séquences plus oniriques, surplombées par une voix off au sein de laquelle Cian dessine, par touches, une forme d’autoportrait. On découvre l’ambivalence des désirs du garçon, tenu entre la poursuite du travail de son grand-père et l’envie d’exercer un métier plus proche du « monde moderne ». Ballon au pied, en tenue de foot, Cian passe aussi du temps sur le terrain avec ses amis. Les réalisateurs entremêlent habilement les univers qui cohabitent au sein de la vie du jeune homme, de même que les gestes et les états du corps - au travail, dans le jeu, dans le sommeil, corps animal et corps humain. Les propositions de mise en scène et le montage nous donnent le sentiment d’accéder non seulement à une réalité, mais aussi d’entrer dans l’intériorité d’un personnage.
La présence de la voix off, le frottement avec le rêve et la partition musicale font de ce documentaire une proposition cinématographique aussi originale qu’émouvante.