Créée à la fin des années 1960 par Jacques Rouxel, la série animée « Les Shadoks » met en scène avec humour un peuple anthropomorphe passablement abruti, incapable de s’entendre et obsédé par l’idée de « pomper » une substance nommée le « cosmogol 999 ». L’allusion à la société humaine, ses dirigeants et la ruée sur les matières naturelles, notamment le pétrole, est évidente. L’avidité, les caprices, l’inaptitude à vivre en paix et à faire preuve d’empathie et de sagesse des Shadoks est moquée et vilipendée.
En 2015, pour la collection de programmes courts Dessine toujours !, le réalisateur Thierry Dejean et son équipe créent un court-métrage hommage intitulé Les Shadoks et la maladie mystérieuse. Dans ce court récit, les petites créatures aux formes géométriques et colorées sont en proie à une étrange maladie : elles sont incapables de s’entendre et de vivre ensemble en harmonie. Le chef Shadok a alors l’admirable idée de mettre ses sujets sous cloche. Rendus aveugles par leur cloche, les Shadoks se heurtent les uns aux autres et provoquent un chaos sonore plus intenable encore. Le chef Shadok se rabat sur sa solution préférée : envoyer les plus retors au Goulp, un bon vieux trou dans la planète Shadok. Mais les Shadoks sont tant à être ensevelis que le trou ressemble bientôt à un volcan prêt à entrer en éruption. Le Professeur Shadoko tente sa chance. Il devrait réussir à se faire entendre, il a mis au point un super vaccin qui va rendre tout le monde aimable et pacifique…
Homme de science, le Professeur tente de raisonner le Chef. La rencontre de ces deux figures, celle du prince et celle de l’inventeur, invitent les plus jeunes à saisir avec humour le combat qui se joue entre les forces qui gouvernent une société. Excellente porte d’entrée pour développer un regard critique, l’humour noir et l’autodérision des Shadoks est parfaitement portée par la voix drolatique de l’acteur Benoît Poelvoorde. La simplicité visuelle du graphisme et du montage permet également aux jeunes spectateurs d’apprécier le récit, sans en saisir nécessairement la dimension critique.
On peut s’amuser du caractère visionnaire de ce film réalisé en 2015 : une société entière fait face à une maladie mystérieuse et un professeur se bat auprès des gouvernements pour faire accepter son vaccin. Cela rappelle étrangement un autre phénomène appelé Covid-19.