Beetlejuice

Beetlejuice

Réalisé par Tim Burton
Durée : 1h32
| 1988 | Etats-Unis
Ma note :

Synopsis

Un couple de jeunes mariés meurt dans un accident de voiture et devient fantôme. Rapidement, une famille de New-yorkais emménage dans leur maison, perturbant la vie du couple. Ils décident alors de faire appel à un mystérieux individu, Beetlejuice, qui promet de les débarrasser de ces intrus incommodants. Mais les choses ne vont pas se dérouler exactement comme ils le souhaitent…

L'avis de Benshi

Beetlejuice est le deuxième long-métrage de Tim Burton juste après Pee-Wee’s big adventure, et annonce l’oeuvre du réalisateur qui va suivre. Les grands thèmes, l’univers visuel et esthétique, le ton de sa cinématographie sont à l’image de Beetlejuice.
Le film est une introduction au monde macabre de Tim Burton et à sa fascination pour la mort. Après des courts métrages comme Vincent et Frankenweenie, il continuera à explorer ce thème dans L’étrange Noël de monsieur Jack (réalisé par Henry Selick), Les noces funèbres, Sleepy Hollow... Deux de ces films sont des films d'animation et une partie importante de Beetlejuice est aussi réalisée en animation, notamment toutes les séquences qui mettent en scène le monde des morts. Ainsi la fantaisie de Tim Burton et son imagination concernant l’au-delà ne semblent pouvoir être portées à l’écran que par des images créées de toute pièce grâce au dessin, au modelage, à la sculpture et leur animation image par image. Dessinateur de talent et animateur de formation, l’animation est le parcours logique pour cet artiste qui avait dû quitter les studios Disney car il ne parvenait pas à dessiner les princesses et les animaux mignons qui lui étaient demandés.
Outre le thème et l’animation, on peut trouver des images de films qui viendront plus tard comme la tête de monsieur Jack au sommet du chapeau-carroussel porté par Beetlejuice à la fin du film.
Malgré le sujet noir et les protagonistes du film qui sont morts pour la moitié, le ton est à la comédie et au second degré. Les Maitland sont un couple ennuyeux qui n’arrive même pas à terrifier les habitants de sa maison, les Deetz sont une caricature du couple new-yorkais, Lydia le stéréotype de l’adolescente torturée. Mais c’est Beetlejuice qui remporte la palme du personnage le plus drôle avec une composition de Michael Keaton en esprit frappeur pervers porté sur la boisson et dont la mission principale est de terroriser le monde des vivants.
La musique contribue elle aussi à ce mélange entre comédie et horreur. Composée par Danny Elfman (deuxième collaboration entre le réalisateur et le compositeur, et début d'une longue série), la bande originale sait allier musique de fantômes et de cirque, marche funèbre et cartoon. L'utilisation de la chanson Day-O de Harry Belafonte pour une scène de possession est particulièrement représentative du ton grotesque caractéristique du film.

Pour quel public

A partir de 9 ans, les enfants pourront saisir le second degré du film et percevoir son aspect parodique sans risquer d'être effrayés par les scènes dans le monde des morts.

Bonnes raisons d'aller voir le film

1
Pour ce ton entre absurde et horreur que Tim Burton maîtrise particulièrement bien
2
Pour l'incroyable scène de repas sur Day-O de Harry Belafonte

Infos complémentaires

Tim Burton aurait présenté le film comme une version parodique de L'exorciste de William Friedkin (1974)

Pour Nicolas Saada, des Cahiers du cinéma, Tim Burton remet en cause « le pouvoir évocateur et suggestif du cinéma » avec cette histoire de fantômes où la « préoccupation essentielle des deux héros est un peu celle d'un metteur en scène : comment faire peur en 1988 ? » Les méthodes classiques ne fonctionnant pas, ils font appel aux effets spéciaux, dont Beetlejuice est la métaphore. Le personnage interprété par Sylvia Sidney, célèbre actrice des années 1930 qui a notamment tourné avec Fritz Lang, met les Maitland en garde contre Beetlejuice, ce qui symbolise l'avertissement du « classicisme hollywoodien contre la pyrotechnie abusive du Hollywood des années 1980 ». À la fin, le personnage joué par Winona Ryder, dont le visage rappelle « ceux des actrices du muet », accepte le marché que lui propose Beetlejuice, ce qui sonne comme une « réconciliation possible entre le jeune cinéma à effets spéciaux et ses ancêtres » représentée par le film lui-même à travers ses effets très simples. »
Nicolas Saada, « Fais-moi peur ! », Cahiers du cinéma, no 414,‎ décembre 1988, p. 50-51

Pour aller plus loin

Biographies sur Tim Burton :
Burton par Burton de Mark Salisbury (1999)
Tim Burton d'Antoine de Baecque (2006)

Pour voir les dessins de Tim Burton et comment ses films s’en inspirent :
Catalogue de l'exposition à la Cinémathèque Française, sous la direction éditoriale de Ron Magliozzi and Jenny He, Préface de Serge Toubiana
L’art de Tim Burton, Steeles Publishnig Inc. 2012

Fiche rédigée par Jeanne

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