Billy Elliot

Billy Elliot

Réalisé par Stephen Daldry
Durée : 1h50
| 13 décembre 2017
Ma note :

1984, nord de l'Angleterre. Les mineurs du comté de Durham font grève contre la fermeture de certaines mines par le Premier Ministre Margaret Thatcher. Billy Elliot, fils et frère de mineurs, pratique la boxe après l'école comme tous les garçons de son âge. Mais Billy n'est pas très doué pour ce sport. Il découvre, en revanche, par hasard qu'il danse bien et surtout qu'il aime ça. Avec l'aide de sa professeure de danse, il va travailler dur pour intégrer la Royal Ballet School et surtout convaincre son père et son frère que les garçons aussi peuvent faire du ballet.

Billy Elliot est un film sur la rébellion. Rébellion des mineurs contre un pouvoir qu’ils estiment injuste mais surtout rébellion de Billy contre les stéréotypes du genre : après avoir accepté lui-même que le ballet n'était pas nécessairement réservé aux filles, il va tenter de convaincre son père et son frère. Le film est à la fois un récit d'apprentissage et un récit familial. Apprentissage parce les personnages se découvrent, apprennent à se connaître eux-mêmes et surtout à s'accepter. Billy d'abord, à travers la danse ; son meilleur ami Mickaël qui aime s'habiller comme une fille et qui réalise qu’il est attiré par les garçons ; le père et le frère de Billy qui surmontent leurs a priori… Cette évolution du père et du frère de Billy fait du film une histoire familiale, dans laquelle une famille tente de se reconstruire après la perte prématurée de la mère et dans une situation sociale critique. Par le biais de la danse, les liens familiaux vont se retisser de manière plus forte et plus sincère.
Le film est aussi un récit social. Les personnages présentés appartiennent à la classe ouvrière anglaise. La professeure de danse, originaire de la classe moyenne, va permettre à Billy de s’extraire de son milieu grâce à son bagage culturel. Par un montage parallèle, le réalisateur oppose la boxe et la danse, la violence et la grâce, les mineurs et les danseurs. Les décors et les costumes du film soulignent particulièrement ces appartenances et ces différences : par exemple, dans la première scène du film, Billy est vêtu d’un débardeur de la même couleur que les murs de sa maison. Ce type de dispositif est récurrent tout au long du film.
Billy Elliot est enfin un film sur la danse. La danse comme moyen d'expression, comme liberté, comme moyen d'exister, mais aussi comme oubli de soi. Et Stephen Daldry réussit le pari difficile de restituer avec sa caméra le rythme et l'énergie des numéros dansés. Par un montage rythmé alternant plans rapprochés des pieds et jambes et des plans d'ensemble où l'on voit Billy danser, ces passages retranscrivent à la fois la passion et la technique artistique nécessaires pour être un bon danseur. Par l'allusion à Fred Astaire et à Gene Kelly, le film est un hommage aux grandes comédies musicales américaines tout en étant profondément marqué par l'époque et la culture qu'il dépeint en proposant une bande-son composée de tubes de pop britanniques des années 70.

A partir de 9 ans. Par son récit ancré profondément dans un contexte social particulier, le film permet d’aborder des problématiques qui ne sont pas seulement celles, personnelles, d’un adolescent et sa recherche d’identité mais aussi de statut social, de capital culturel et de théorie des genres. Le film n'est à l'origine pas réalisé à destination d'un public enfant. Les problématiques politiques et sociales abordées s'adressent plutôt à un public adulte. Cependant, dès 9 ans, les plus jeunes pourront s'identifier au personnage de Billy et aux épreuves auxquelles il se trouve confronté.

1
Pour l’intensité et la beauté des scènes de danse portées par Jamie Bell, âgé de 13 ans au moment du film.
2
Pour les décors qui donnent un aperçu très juste de l’environnement minier du nord de l’Angleterre dans les années 1980.
3
Pour la bande-son et ses tubes de pop anglaise.
4
Pour son engagement contre la théorie du genre et tous les stéréotypes qui y sont liés.

Infos complémentaires

Le film est en partie inspiré par le danseur du Royal Ballet, Philip Marsden, originaire du nord de l'Angleterre et dont la famille venait d'un milieu minier et militant.

Jamie Bell a pris des cours de danse et de ballet dès son plus jeune âge, ce qui lui valut les moqueries de ses camarades de classe. Il a utilisé cette expérience personnelle pour construire son personnage de Billy.

La production a dû auditionner plus de deux mille garçons avant de trouver Jamie Bell. Stephen Daldry se souvient: « Cela relevait de la gageure pure que de trouver un garçon qui sache à la fois danser et jouer, qui soit originaire du Nord-Est à cause de l'accent, et qui ait l'âge requis... Et puis nous sommes tombés sur Jamie, qui a immédiatement compris les tenants et aboutissants de l'histoire. Et Jamie possède ce petit quelque chose d'insaisissable qui fait qu'on peut se sentir impitoyablement concerné et impliqué dans tout ce qu'il endure. Avec lui, nous savions que nous avions enfin trouvé notre aiguille dans la botte de foin... ».

Stephen Daldry s'est inspiré du film de Carol Reed, Sous le regard des étoiles (1939) qui suit le parcours d'un jeune homme, instituteur dans une communauté minière du Nord-Est de l'Angleterre.

Le projet tenait particulièrement à coeur au scénariste Lee Hall: « S'il y avait un message dans le film, ce serait celui qu'avait essayé de faire alors passer Scargill (ndlr : leader des mineurs en grève), l'idée que notre société est appauvrie du fait de l'impossibilité qu'ont les gens créatifs et volontaires de s'exprimer. » 
Celui-ci s'est notamment inspiré de sa propre enfance pour écrire le scénario: « J'ai écrit Billy Elliot alors que je n'étais encore qu'un néophyte. J'essayais de trouver une façon de raconter ma propre histoire de façon visuelle. La première image qui me vint fut celle d'un enfant sautant sur un lit, comme j'avais l'habitude de le faire. Une fois que j'ai eu ce morceau, toute la partie sur la danse a émergé. »

Le film a été adapté en comédie musicale par Elton John en 2005. Stephen Daldry était à la mise en scène et Peter Darling à la choréographie.

Pour aller plus loin

*Juliette Sales, « Billy Elliot, une leçon de scénario », Synopsis, n°11, janvier-février 2001, pages 84-87

*La danse au cinéma : http://www.cineclubdecaen.com/analyse/cinemaetdanse.htm

*On pense devant Billy Elliot à deux autres films qui traitent de la grève des mineurs de 1984 :
- Les Virtuoses de  Mark Herman (1996) dans lequel l’amour de la musique des personnages se trouve mis à mal par le contexte social dans lequel ils vivent.
- Pride de Matthew Warchus (2014) qui raconte le soutien du mouvement gay et lesbien aux mineurs en grève et comment les stéréotypes ne sont souvent qu’ignorance et peur de l’inconnu.

 

Fiche rédigée par Jeanne

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