Katia et le crocodile

Katia et le crocodile

Réalisé par Vera Simkova et Jan Kucera
Durée : 1h10
| 1966 | Tchecoslovaquie
Ma note :

Synopsis

C’est les grandes vacances dans la belle ville de Prague, mais la petite Katia s’ennuie, seule avec son ballon. Lorsqu’elle croise le chemin du jeune Misha et que celui-ci lui confie la garde des animaux de sa classe, sa journée devient vite beaucoup plus palpitante ! Mais entre un étourneau qui parle, des lapins angoras, une tortue, un singe macaque… et un bébé crocodile, Katia a fort à faire ! Surtout lorsque sa petite sœur laisse s’échapper la joyeuse ménagerie, semant le trouble dans toute la ville. Une folle course poursuite s’engage alors dans les rues de Prague pour remettre la main sur les fugitifs… 

L'avis de Benshi

S’il y a bien un patrimoine cinématographique qui déborde d’inventivité, c’est bien le cinéma tchèque. Outre la force et la diversité formelle de ces films d’animations, il existe également de nombreuses pépites en prises de vues continues, encore malheureusement trop peu connues du grand public. Katia et le crocodile fait partie de ces bijoux immanquables qui suscitera, vous pouvez en être sûr, l’enthousiasme des jeunes spectateurs !

Ces derniers prendront un plaisir fou à découvrir la ménagerie pour le moins exotique de Katia, avant d’être entraînés dans un rythme totalement effréné, à la poursuite des animaux ! Si l’intrigue les tiendra en haleine, leurs zygomatiques ne seront pas en reste non plus, grâce aux gags burlesques et aux situations cocasses qui parsèment le film et contribuent à lui donner toute sa saveur.

Il se dégage de Katia et le crocodile une vivacité et une énergie folle, propre à cette enfance fougueuse, qui insuffle au film un dynamisme unique ! Tout d’abord contenue, cette énergie va finalement s’étendre à toute la ville, à mesure que les nuées d’enfants envahissent les appartements, les rues, les toits et les rivières, avec malice et allégresse. A l’instar du Paris de Zazie dans le métro, Prague va se transformer en un vaste terrain de jeu, source de réjouissances certaines pour les petits spectateurs ! Alors qu’ils s’amuseront de ce joyeux bazar, les adultes quant à eux, apprécieront la façon dont cela bouscule et met à mal l’ordre établi, donnant au film un parfum subversif.

Pour sublimer le tout on retrouve finalement dans Katia et le crocodile quelques trucages qui introduisent cette part de magie et d’insolite, propre à faire rêver le spectateur en l’amenant dans un ailleurs merveilleux. Tout ce long métrage, entre poésie et burlesque, est servi par une photographie sublime, nous offrant de magnifiques portraits d’enfants, qui ne seront pas sans vous rappeler les photographies d’un certain Robert Doisneau…

Une véritable cure de bonne humeur qui captivera les jeunes spectateurs et fera ressurgir l’âme d’enfant de leurs parents. 

Pour quel public

Katia et le crocodile peut se découvrir aisément à partir de 5 ans, la narration étant relativement simple. Il réunira, sans nul doute, toute la famille pour un moment de rire partagé ! Le doublage du film fera peut être sourire les adultes, mais on passe facilement outre pour savourer pleinement ce bijou de comédie tchèque. 

Bonnes raisons d'aller voir le film

1
Pour découvrir un bijou du cinéma tchèque et lui redonner les lettres de noblesse qu’il mérite !
2
Pour le vent de liberté qui souffle sur le film
3
Pour l’humour burlesque, totalement irrésistible
4
Pour voir la ville "aux mille tours et mille clochers" se transformer en vaste terrain de jeux

Infos complémentaires

Katia et le crocodile est le résultat d’un travail de réalisation à quatre mains. Derrière la caméra se cache tout d’abord Jan Kucera. Né à Prague en 1928, celui-ci s’est illustré en tant qu’acteur au cinéma et à la télévision tchèque. La seconde réalisatrice se nomme Vera Simkova. Née en 1935, elle a étudié le cinéma à l’Académie des Beaux-Arts et de musique de Prague. En sortant, elle intègre les célèbres studios Barrandov où elle assiste d'illustres réalisateurs comme Jiri Hanibal ou Vojtech Jasný. Elle passe ensuite à la réalisation en faisant de l’enfance sa thématique de prédilection. Après son premier film Messieurs, invitez vos dames, elle réalise Katia et le crocodile puis encore six autres longs métrages.

Ces deux cinéastes partagent la même vision du cinéma jeune public, qui ne serait pas « enfermé dans une imagerie rose, coupée de la réalité ». Comme le souligne magnifiquement et très justement le réalisateur  « Le vrai problème n’est pas de savoir ce qu’il convient de dire aux enfants ; mais plutôt, comment le dire, et quand ?… On devrait toujours avoir à cœur d’aborder le travail sans perdre de vue que les films pour enfants n’ont pas droit à plus d’indulgence que les autres, qu’il doit y avoir un critère commun : celui de l’art authentique ». Vera Simkova - comme Benshi ! - ne fait pas non plus de distinctions entre adultes et enfants : « Je n’aime pas entendre dire après tout, c’est un film pour enfants ! Je ne pense pas qu’il soit nécessaire d’adapter la forme ou le contenu d’un film en fonction d’un public déterminé. Les enfants sont très réceptifs, leur fantaisie donne tant de versions multiples à un simple thème que nous n’avons pas besoin de rêver pour eux ».

En 1948, le cinéma tchèque est nationalisé et la production cinématographique se retrouve subventionnée par l’Etat. Un budget spécifique est accordé aux films dédiés aux enfants et le cinéma pour le jeune public se développe, d’autant plus qu’il est le seul à échapper à la censure. Des artistes comme Vera Simkova vont y consacrer toute leur carrière.

Au moment du tournage de Katia et le crocodile, le contexte est particulièrement tendu en Tchécoslovaquie. Face à la vague libérale qui secoue le pays, les écrivains et les intellectuels se mobilisent pour contester et critiquer le pouvoir en place. Les tchèques aspirent à beaucoup plus de liberté. Des cinéastes appartenant à la Nouvelle Vague tchèque, comme Milos Forman ou Véra Chytilova, laissent transparaître cette soif de liberté à travers des films pétris à la fois d’humour burlesque et d’un goût pour le désordre. Katia et le crocodile s’inscrit précisément dans cette veine là. 

Pour aller plus loin

> De nombreuses ressources pédagogiques ont été réalisées autour de Katia et le crocodile. Voici quelques liens proposant des éclairages sur le film, sur sa genèse, ses thématiques, les procédés cinématographiques utilisés… ainsi qu’un certain nombre de jeux et d’activités à mener avec les enfants en amont ou à l’issue de la projection.

http://www.transmettrelecinema.com/film/katia-et-le-crocodile/#outils

https://cinejeune02.files.wordpress.com/2015/06/katia-et-le-crocodile-doc-pc3a9dagogique-ac-versailles.pdf

http://www.crdp-strasbourg.fr/main2/ecole_elementaire/cinema/documents/LIV_kat.pdf

> Pour découvrir le livre dont est tiré le film et s’amuser à relever les différences et similitudes entre les deux :

GUERNETTE Nina, JAGFELD Grigory, Katia et le crocodile, Ed. Hachette jeunesse, 1989

> Pour prolonger le plaisir, vous pouvez lire aux enfants cet album délicieusement drôle de Roald Dahl, mettant en scène un crocodile qui dévorerait bien des enfants. Succès garanti !

DAHL Roald, L’énorme crocodile, Ed. Gallimard jeunesse, 2016

> Dans Katia et le crocodile nous pouvons admirer de très beaux portraits d’enfants, qui rappellent les photographies de Robert Doisneau. Ce site offre une sélection de ses photos sur le thème de l’enfance et de l’école, qui plairont sans nul doute aux bambins :

http://www.planetepetitsloups.com/photos-robert-doisneau-photos-enfants.php

Katia et le crocodile est inscrit au catalogue du dispositif national Ecole & Cinéma. Retrouvez la fiche "en famille" sur la plateforme Nanouk

Fiche rédigée par Cyrielle

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