La tortue rouge

La tortue rouge

Réalisé par Michael Dudok de Wit
Durée : 1h20
| 2016 | Belgique, France, Japon
Ma note :

En pleine mer, un homme essuie une terrible tempête et échoue sur une île tropicale. Ne trouvant pas âme qui vive sur ce bout de terre, le miraculé se construit un radeau et tente de repartir sur les flots. C'était sans compter sur l'intervention d'une mystérieuse tortue rouge aussi obstinée que lui...

Michael Dudok de Wit a réalisé peu de films mais, dès son troisième court métrage d'animation, Le Moine et le poisson, il obtient les faveurs de la critique. Le talent de ce cinéaste néerlandais est indéniable. Une plume à la main, il réalise de magnifiques dessins à l'encre de Chine sur des aquarelles. Dans ses courts métrages, son style épuré, proche des peintures chinoise et japonaise traditionnelles, se conjugue à des récits plein de sagesse et de malice. Avec La Tortue rouge, son premier long métrage, Michael Dudok de Wik poursuit sa réflexion philosophique mais en donnant cette fois-ci véritablement corps et âme à des personnages qui, jusqu'à présent, ressemblaient plus à des figures, des esquisses.


L'histoire de La tortue rouge est tout aussi simple et tient autant de la leçon de vie que celles de ses précédents films. Cependant, le format du long métrage a conduit le cinéaste à s'éloigner d'une forme d'abstraction, ce qui n'enlève heureusement rien à la portée symbolique et universelle de ce somptueux dessin animé. Si évolution il y a eu dans l'oeuvre de ce réalisateur, elle s'est faite sans aucune trahison, dans une réelle cohérence, à l'image des cycles de la vie dont il était déjà question dans Father and Daughter, autre court métrage de Michael Dudok de Wit. Ce respect profond pour la nature, ainsi que cette conception naturelle de la vie et de la mort qu'exprime le cinéaste néerlandais dans ses films sont présents, un peu de la même manière, dans ceux de Isao Takahata, en particulier dans Le conte de la princesse Kaguya. Les deux réalisateurs, admirateurs l'un de l'autre, s'étaient croisés à deux reprises il y a un peu plus d'une dizaine d'années. Ainsi la contribution du Studio Ghibli à l'un des films de Michael Dudok de Wit n'était qu'une question de temps. La tortue rouge a été produit entre autres par le célèbre studio japonais et, dans les scènes de bravoure, nous pouvons en effet penser reconnaître le style fougueux de Takahata.


Sans aucune parole et par le simple pouvoir du cinéma, Michael Dudok de Wit parvient à nous toucher en nous faisant ressentir, à travers le destin d'un homme, notre petitesse face à la nature mais aussi ce que la vie a de magique, d'incroyable.

La tortue rouge n'est pas à proprement parler un film pour les enfants, mais c'est une oeuvre de cinéma qu'ils peuvent tout à fait voir à partir de 8 ans. Nous le conseillons plutôt à partir de cet âge là en raison du rythme assez lent (mais sans longueurs) et de certaines scènes un peu angoissantes mais aussi fascinantes, où Michael Dudok de Wit nous rappelle la force et les mystères de la nature.


 

1
la force et la virtuosité des scènes où les éléments naturels se déchaînent
2
la puissance des émotions
3
le mystère assez audacieux de la première partie du film
4
la beauté du dessin

Infos complémentaires

Le film a obtenu le prix spécial du jury dans la sélection Un Certain Regard cette année lors de la 69e édition du Festival de Cannes. Il s'agit de la première production étrangère co-produite par le Studio Ghibli. Michael Dudok de Wit a été très surpris quand il a reçu un courriel du Studio Ghibli en 2006. Le Studio lui proposait de distribuer au Japon son court métrage Father & Daughter et de produire un long métrage de sa création.


La production de La tortue rouge a eu lieu à Angoulême dans le Studio Prima Linéa avec une petite équipe composée de talents venus d'Europe. La production du film a duré deux ans (contre un an environ en général) mais en tout, du début de l'écriture du scénario à la sortie du film, il s'est passé dix ans. Pour l'écriture du scénario, Michael Dudok de Wit a été aidé par Pascale Ferran, réalisatrice des films Lady Chatterley et Bird People, qui ne sont ni des films d'animation, ni des films pour les enfants, mais dans lesquels nous pouvons aussi retrouver une place importante donnée à la nature, au rêve, à la solitude et à l'amour.


Un voyage sur une petite île des Seychelles a permis au réalisateur de faire des croquis pour son film. Michael Dudok de Wit ne voulait surtout pas tomber dans la représentation idylique des îles tropicales. Ainsi, dans La tortue rouge, nous pouvons voir comment sur ces îles tropicales le beau temps peut très vite laisser place à des pluies torrentielles et même parfois à des tempêtes...


Pour ce qui est des dessins, les décors ont été réalisés au fusain puis scannés et mis en couleur avec Photoshop. Les personnages ont été dessinés avec un stylet sur tablette graphique. Seuls la tortue et le radeau ont été animés en 3D pour des raisons techniques, mais avec un rendu 2D. Plus encore que dans les précédents films de Michael Dudok de Wit, le dessin très fin s'inscrit ici clairement dans la tradition de la ligne claire en bande dessinée. La tortue rouge est un film d'animation dans lequel il y a peu de plans (651 contre 1000 en général) et leur durée, de 7 secondes en moyenne, est ainsi plus importante qu'elle ne l'est habituellement dans les dessins animés. Une attention particulière a été accordée à chacun des plans, Michael Dudok de Wit étant un réalisateur perfectionniste. Il n'a pas réalisé moins de plans d'une durée importante pour ennuyer le spectateur mais sûrement pour que ce dernier puisse le plus possible se mettre à la place du personnage principal qui vit des expériences intenses. En outre, la beauté des images justifie un défilement qui ne soit pas trop rapide. En dehors de l'aventure humaine que représente cette histoire, La tortue rouge est aussi un film sur la beauté de la nature et le plaisir de la contempler.


La musique a été composée par Laurent Perez del Mar après l'animation, en même temps que les autres éléments sonores. Un grand travail d'intégration entre les sons de la nature et la musique a été effectué. La seule exigence de Michael Dudok de Wit concernant la musique a été d'entendre du violoncelle. Le compositeur et le réalisateur se sont très bien entendus et cette compréhension mutuelle a permis d'obtenir une musique présente seulement quand elle était nécessaire et faisant écho aux émotions des personnages et aux bruits de la nature. En dehors du violoncelle, nous pouvons aussi entendre des percussions naturelles produites avec des feuilles de bambou, des pièces de bois, etc.

Pour aller plus loin

Un dossier de presse très intéressant sur le site de Wild Bunch, producteur et distributeur du film : http://latortuerouge-lefilm.com/presse/


Une page dédiée au film sur le site francophone consacré au Studio Ghibli : http://www.buta-connection.net/autres-ghibli/tortue_rouge.php

Fiche rédigée par Chloé

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