Le jour des Corneilles

Le jour des Corneilles

Réalisé par Jean-Christophe Dessaint
Durée : 1h36
| 2011 | France
Ma note :

Synopsis

Au cœur de la nature, le père Courge et son jeune fils vivent à l'écart de la civilisation. Elevé dans l’ignorance du monde des Hommes, le garçon vit tel un animal sauvage, avec pour seuls amis des créatures surnaturelles énigmatiques. Mais un jour, il va devoir vaincre ses peurs pour sauver la vie de son père, blessé dans une violente tempête. Il va alors découvrir ce qui se cache par-delà les frontières de la forêt et débuter un long apprentissage de la vie, et de ses propres origines…

L'avis de Benshi

Le roman dont est tiré Le jour des Corneilles étant davantage destiné aux adultes, la scénariste Amandine Taffin a choisi d’adapter le récit au jeune public. Entre réalisme et poésie, le film nous plonge dans un univers onirique où se côtoient des personnages hors norme. Nous y retrouvons tous les éléments traditionnels du conte : une forêt, une figure d’ogre, un héros égaré en quête de sens, l'intervention de créatures fantastiques, et un amour qui peut aider à surmonter tous les obstacles.

Mais l’originalité de ce conte tendre et poignant réside dans l’attribution des rôles et dans son honnêteté vis-à-vis des rapports humains : l’ogre a été blessé par l’Homme et ne demande qu’à être aimé, la magie se manifeste à travers d’étranges fantômes muets mi-hommes mi-animaux, et le jeune héros est physiquement bien loin des standards de beauté habituels. Avec ses grands yeux étonnés et le regard si naïf qu’il porte sur ce tout nouveau monde appelé ici l’Outremonde, il touche le spectateur en plein cœur, qui voudrait le protéger des maux de cette société qui peut offrir le meilleur comme le pire. Il est impossible pour les cinéphiles de ne pas faire le lien avec L’enfant sauvage de Truffaut, dans lequel le personnage principal découvre, non sans souffrance, la civilisation après avoir vécu à l’état sauvage.

Ce récit d’apprentissage d’une grande délicatesse aborde avec subtilité des thèmes pourtant difficiles tels que le deuil, la peur de l’autre et le rejet. Le film insiste sur le pouvoir de la rumeur, et sur la manière dont on peut se laisser aller à l’intolérance. Le jeune garçon va parcourir un long chemin qui aboutira notamment à la découverte du drame qui a poussé son père à s’exiler. Ce père qui ne lui a jamais donné de nom, comme un ultime signe de rejet des conventions humaines. Le film traite également de l’importance de l’éducation, de ce que l’on veut transmettre à ses enfants pour qu’ils prennent leur envol dans ce monde. Le passage de l’état sauvage à la civilisation du fils Courge se fera pourtant avec beaucoup d’humour et de tendresse grâce notamment au personnage de la jeune Manon, qui saura l’apprivoiser et l’aider à grandir.

L’esthétique picturale des décors rappelle les tableaux des maîtres impressionnistes tels que Monet et tranche parfaitement avec les traits plus secs et primitifs des personnages, dessinés à la main au crayon noir, puis scannés pour être colorisés par ordinateur. Cet assemblage confère au film une atmosphère visuelle d’une grande beauté, et se démarque par son originalité.

Le jour des Corneilles est assurément une belle réussite de l’animation française, doté d'un récit ambitieux qui tient toutes ses promesses. A découvrir en famille sans hésitation.

Pour quel public

Nous conseillons ce film à partir de 7/8 ans. Les thématiques abordées sont parfois dures, mais elles sont traitées avec beaucoup de poésie et de pudeur. L’humour et le rythme soutenu du récit sauront captiver les jeunes spectateurs, tout en les faisant réfléchir sur notre vie moderne.

Bonnes raisons d'aller voir le film

1
La qualité picturale et le réalisme saisissant des décors
2
La finesse de l’écriture du scénario et la justesse des sentiments
3
La sublime bande originale de Simon Leclerc.

Infos complémentaires

Réalisateur, animateur et storyboardeur français, Jean-Christophe Dessaint est diplômé de la prestigieuse Ecole des Gobelins. Il travaille tout d'abord comme directeur d'animation pour la série Oggy et les Cafards. Il dirige ensuite l’animation du long-métrage Tous à l’Ouest, une aventure de Lucky Luke, puis rejoint l’équipe du film Le chat du Rabbin en tant que 1er assistant réalisateur, storyboardeur et directeur de l’animation. Le jour des Corneilles est sa première réalisation.

Dans un entretien, le réalisateur a déclaré : « A la lecture du scénario, j'ai d'abord été séduit par la nature, omniprésente et vivante, déjà un défi en soi par sa complexité technique de représentation et d'animation. Mais plus forte encore était mon attirance pour les personnages et pour un thème qui dépasse largement le cadre des films proposés habituellement aux enfants. »

Le célèbre cinéaste et acteur Claude Chabrol a prêté sa voix au médecin du village. Ce fut d’ailleurs un de ses derniers projets, puisqu’il est décédé peu après l'enregistrement, à la fin de l’année 2010. Mais les autres personnages ne sont pas en reste : Jean Reno a prêté sa voix au père Courge, Lorant Deutsch au héros, et Isabelle Carré à la jeune Manon. Les voix ont en effet été enregistrées bien avant le début du tournage, et les animateurs ont dû ensuite adapter les mouvements des lèvres des personnages. Cette méthode de travail permet de donner un rythme au film, de traduire toutes les intentions qui se trouvent dans la voix en gestes et en expressions.

La bande originale du film a été composée par Simon Leclerc. Formé au conservatoire de musique de Montréal, il a travaillé avec de nombreux artistes et a notamment composé la version opéra de la comédie musicale Starmania, des musiques pour les films de Frédéric Back, ou pour des séries pour la télévision québécoise. En tant que chef d’orchestre, il a dirigé pendant six ans l’orchestre de la Paramount Pictures à Los Angeles, et a également dirigé à plusieurs reprises l’orchestre symphonique de Montréal. Le jour des Corneilles est son premier long métrage d’animation en tant que compositeur.

Pour aller plus loin

Vous trouverez sur le site du distributeur le dossier de presse du film et un dossier pédagogique, tous deux très complets avec énormément d’informations sur la genèse du film et sur les pistes d’exploitation possibles avec les enfants (plutôt à partir de 9 ans) :  http://www.gebekafilms.com/gebeka.php

Fiche rédigée par Laetitia

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