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Le serpent blanc

  • De Taiji Yabushita
  • 1958
  • 1h19
  • VM

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Catégorie : Fantastique   Grands classiques  

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À partir de 7 ans

Fiche rédigée par  Yuri Hayashi Avatar de Yuri Hayashi

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Synopsis

Il y a bien longtemps en Chine, le jeune Xu-Xian sauve au marché un petit serpent blanc doué d’esprit et le chérit. Mais forcé par ses parents, il le relâche, versant de chaudes larmes. Quelques années plus tard, par une nuit orageuse, ne pouvant oublier son ancien gentil maître, le serpent blanc réapparaît devant lui sous la forme d’une très belle fille, Bai-Niang. Ils tombent amoureux en un instant. Toutefois, ils sont séparés par le moine Hokkai qui considère Bai-Niang comme un esprit diabolique, et Xu-Xian finit par en mourir. Au péril de sa vie, Bai-Niang tente de ressusciter son amour et affronte à nouveau le moine, aidée des ses amis animaux.

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L'avis de Benshi

Le Serpent blanc est un film d’animation incontournable. Non seulement parce qu'il s'agit du premier long métrage en couleurs de l'histoire de l'animation japonaise, mais également parce que, malgré les conditions de production primitives et tâtonnantes, le film nous fascine déjà par sa beauté fraîche et par sa mise en scène astucieuse et en adéquation avec l'univers du récit.

Inspiré d'un conte traditionnel chinois, le film nous plonge dans un temps ancien. L'enfance du protagoniste est racontée par une séquence nostalgique du théâtre d'ombres, dont la tradition remonte à la dynastie Han. Certains paysages lyriques reprennent le style de la peinture chinoise. Les chansons et la musique illustratrices nous rappellent l'opéra de Pékin. La tonalité des couleurs même est de celles qu'on ne voit pas en Occident. Il ne faudrait pas oublier également les codes spirituels : les rapports inséparables avec la nature, l'animisme (et les esprits) ainsi que le concept du « tout est né bon », ce qui est d’ailleurs récurrent dans l'animation japonaise.

En opposition au caractère doux du jeune couple, qui implique un mouvement modéré, le réalisateur recherche plus de dynamisme dans les autres éléments du récit. Des forces de la nature expriment poétiquement les émotions des personnages, parfois dynamiquement. Des personnages animaux nouent la trame secondaire avec leur caractère bien prononcé, et leurs mouvements comiques exagérés ou « mangatiques », dont l’animation japonaise hérite toujours. La diversité des décors et des multiples déplacements de personnages renforce le côté grandiose du récit. Malgré les dessins primitifs au rythme lent, les images sont fluides grâce à la « full-animation ».

Le Serpent blanc est ainsi un film d'animation musical romantique très différent de ceux de Disney. Il invite les enfants, aussi bien que les adultes, à voyager dans un autre monde, bien concrétisé par les techniques d'autres arts chinois et les esprits folkloriques, avec une qualité et une fraîcheur bien de l’époque.

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Pour quel public ?

Avec son histoire romantique adulte, sa densité d’informations inhabituelle en Occident ainsi qu’avec sa diversité des décors et des déplacements, Le Serpent blanc s’adresse aux jeunes enfants avec un début de maturité, ayant déjà acquis un certain niveau de lecture cinématographique, à partir de 6 ans.

Bonnes raisons de voir le film

  • Le premier long métrage d’animation en couleur de l’histoire du cinéma japonais, en plus en « full- animation ».
  • La mise en scène servant d’autres arts chinois et les codes spirituels particuliers.
  • Les expressions d’animation astucieuses et fraiches.
  • Les décors et les chansons poétiques ou dynamiques.
  • Le côté délirant de personnages animaux et de leur mouvement « mangatique ».

Infos complémentaires

Avec Le Serpent blanc, une véritable industrie de la production d’animation est née dans l’archipel japonais. Avant cela, au Japon, il n’y avait que de petites sociétés de production d’animation incapables de créer des œuvres d’une durée longue (les premiers longs métrages d’animation japonais étaient des fruits de la politique nationale). À partir de zéro, la société Tôei a consacré deux ans pour les infrastructures : racheter une petite société productrice d’animation avec ses dessinateurs, étudier des films étrangers, construire son propre studio, innover des matériaux, expérimenter avec des courts métrages, ou former de nouveaux dessinateurs. C’est donc aussi la genèse du studio Tôei Dôga, appelé aujourd’hui Tôei Animation, qui reste depuis lors un des leaders du domaine.

Le réalisateur Taiji Yabushita, expérimenté dans les courts métrages éducatifs, ne dessine pas lui-même mais s’occupe plus particulièrement de la supervision et de la production. Les dessinateurs de la société rachetée par Tôei comprennent Yasuji Mori et Akira Daikuhara. Aussi en tant qu’instructeurs, le premier particulièrement apte à dessiner surtout des animaux mignons et le deuxième inaugurant l’expression exagérée « mangatique » dans l’animation, ils influent de manière déterminante sur les générations suivantes y compris Yasuo Otsuka, Isao Takahata ou Hayao Miyazaki.

Il faudrait noter également qu’en regardant Le Serpent blanc dans ses années lycéennes, Miyazaki a décidé de se consacrer à l’animation. On peut retrouver une certaine ressemblance entre la scène de l’enfance des personnages dans ce film et celle de Nausicaä de la vallée du vent. Ou encore, rien n’empêche d’associer l’esprit poisson sur de grosses vagues à Ponyo sur la falaise.

Pour aller plus loin

La légende du serpent blanc, texte d’Alexandre Zouaghi, Hongfei Culture Editions, 2013, 49 p.

L’Opéra de Pékin et La légende du serpent blanc (en anglais) :
http://www.pekingopera.eu/

Adaptation filmique de la légende du serpent blanc (en anglais) :
http://www.weirdwildrealm.com/f-whitesnake.html