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Les Aventures du Prince Ahmed

  • De Lotte Reiniger, Carl Koch
  • 1926
  • 1h05

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Catégorie : Fantastique   Grands classiques  

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À partir de 7 ans
Poster de Les Aventures du Prince Ahmed

Fiche rédigée par  Nadia Avatar de Nadia

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Synopsis

Dans un royaume d'Orient, le jour de l'anniversaire du calife, son fils Ahmed enfourche le cheval ailé qu'un sorcier africain a fait apparaître à l'aide de sa magie ancestrale. L'animal entraîne le jeune prince dans une grande aventure, loin de son pays d'origine. Ahmed atteint bientôt l'île de Wak-Wak. Subjugué par sa beauté, le jeune homme enlève la souveraine des lieux. Mais les démons de l'île, comme le sorcier africain, ont juré sa perte. Capturée par le mage, la belle princesse est vendue à l'empereur de Chine. Ahmed, aidé par une sorcière, tente d'organiser son évasion...

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L'avis de Benshi

Quelle délicate beauté ! Tiré des contes des Mille et Une Nuits, ce film s’inspire en particulier des Contes du Cheval volant et d’Aladin. Et c'est bien ce caractère volant, gracieux, presque magique qui nous enveloppe dès les premiers plans de ce bijou de l'animation. Plus de 70 ans après sa réalisation, ce film garde toute sa singulière grâce, comme par enchantement, comme si le temps n'avait pas prise sur ce film d'animation en papier découpé.

Unique en son genre, il est bon de rappeler ici comment cette grâce fut possible. En effet, le film est conçu à partir de silhouettes découpées, articulées aux épaules, aux coudes et aux hanches, et animées à l'aide d'un bâton. Elles sont posées à plat sur une feuille de papier transparent qui repose elle-même sur une table trouée en son milieu, et recouverte d'une vitre. Ainsi disposées, les silhouettes sont filmées dans différentes positions, image par image, sur des fonds de couleur. Il aura fallu pas moins de trois ans à Lotte Reiniger et à son équipe pour fabriquer les trois cent mille images nécessaires pour réaliser son film.

C'est bien cette richesse inouïe qui se déploie sous nos yeux enchantés. Nous sommes embarqués dans un récit étrange, découpé en cinq actes et dont nous sortons envoûtés. L'intrigue est farfelue, parfois bizarre et pas évidente à comprendre, mais les silhouettes découpées, au contour si net, telle une dentelle, sont si vibrantes que l'aura l'emporte sur la compréhension. C'est un tour de magie que ce théâtre d'ombres orientalistes. Les costumes sont tout aussi merveilleux et abstraits que les décors et les animaux. Tout est ciselé et si précis. Chaque personnage est noir comme si la lumière relevait du surnaturel, et c'est bien cette inversion qui fait toute la puissance du film. Les jeunes spectateurs ne peuvent qu'être ébahis et étourdis par le voyage qui leur est offert, de la ville à la Chine, de l'île merveilleuse aux volcans cracheurs de feu, des démons à la sorcière. Les scènes vibrent par leur extraordinaire beauté, comme la chevauchée aérienne du prince Ahmed. On comprend facilement pourquoi ce film fut et demeure une source d'inspiration.

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Pour quel public ?

Pour tous dès 4/5 ans. Un adulte peut absolument montrer ce film aux tout petits, comme un livre grandeur nature, ou un spectacle de lanterne magique.

Bonnes raisons de voir le film

  • Pour la beauté époustouflante du film
  • Pour la magie des silhouettes animées
  • Parce que c'est une très belle histoire d'amour
  • Pour voyager et imaginer !

Infos complémentaires

Lotte Reiniger
La réalisatrice a également adapté des contes des frères Grimm, des histoires de Charles Perrault, et plusieurs contes des Mille et Une Nuits (notamment pour Les Aventures du Prince Ahmed : « La légende du cheval volant » et « Aladin et la lampe merveilleuse »). Jean Renoir l'appelait « La maîtresse des ombres ». Grâce au film, elle a connu un succès retentissant et a su imposer un univers graphique tout à fait personnel, magique et moderne. Elle a pu développer une grande fantaisie, en prenant soin des détails.

Une riche illustration
C’est l’illustrateur de livres pour enfants Edmund Dulac (un Français naturalisé britannique) qui créa les intertitres et les couleurs à l’encre.

La magie du cinéma et de ses effets spéciaux
Second long métrage d’animation de l’histoire du cinéma - le premier étant un film argentin, aujourd'hui perdu, El Apostol, de Quirino Cristiani - Les Aventures du prince Ahmed cumule de nombreuses prouesses techniques. Entièrement animé en silhouettes en papier découpé, cette merveille du Septième Art est un trésor d’inventivité, de finesse de formes, et transporte petits et grands dans l’univers des contes orientaux, à la rencontre de personnages féeriques et magiques. Le film comporte plus de 300 000 images.

Une production hors normes
Trois années furent nécessaires à Lotte Reiniger pour réaliser cette œuvre, avec tant de finesse et de souplesse dans le mouvement. Carl Koch, le mari de Lotte Reiniger, est à la prise de vue, Bertold Bartosch, un architecte français spécialisé dans l’animation (L’idée, 1932) travaille les effets spéciaux et Walther Ruthmann (réalisateur de Berlin, symphonie d'une grande ville, 1927) crée les arrière-plans, manipulés séparément des personnages. Le film, en noir et blanc, a été teint par application du positif dans un bain de couleur. Cette technique de coloration, comme tous les moyens cinématographiques de cette époque, est assez rudimentaire, mais donne un rendu visuel très fort et très contrasté.

Inspiration
Inspiré de la technique traditionnelle du théâtre d’ombres, ce chef-d’œuvre est un trésor d’inventivité et de finesse de formes. Le film reprend les images communes de l’Orient : le palais construit en une nuit, le tailleur pauvre attiré par la princesse, l’épisode d’Aladin et de la lampe merveilleuse... D’autres lieux ont été inventés : le pays lointain des esprits de Wak-Wak, la Sorcière et son Royaume de la Montagne en flamme… Lotte Reiniger n’hésite pas à intégrer des éléments personnels comme le mage africain, le monstre à six têtes, ou bien une excursion en Chine.

Silhouette et cie
La silhouette découpée était très populaire au XVIIIème siècle. Pour la petite histoire, le nom donné à ce procédé vient d’Etienne de Silhouette, contrôleur des impôts sous Louis XV, à l’origine de l’ancêtre de l’impôt sur la fortune. Forcément peu aimé par la bourgeoisie, son nom devint synonyme de mesquin et d’inachevé (ses réformes visant à taxer les privilégiés ayant échoué) et, par extension, servit à nommer cette forme d’expression artistique. Le théâtre d’ombres, où s’animent des silhouettes articulées, fit le tour des foires. A l’apparition du cinéma, quelques expériences de films de silhouettes commencèrent à faire leur apparition.

Musique inspirée
La musique est composée par Wolfgang Zeller, auteur de près d’une centaine de partitions pour le cinéma (Vampyr de Dreyer, L’Atlantide de Pabst…). Zeller fait partie intégrante du projet artistique, composant la musique en amont de la réalisation du film. Lors de l’enregistrement des images, le nombre de photogrammes réalisés est fonction de la durée de chaque phrase musicale. Sa partition accompagne ainsi précisément chaque instant du film. Chaque intonation, crescendo ou diminuendo, épouse et amplifie les aventures d’Ahmed et ses amis.

Pour aller plus loin

Le film a inspiré de nombreux musiciens qui n'ont eu de cesse, durant des décennies, d'accompagner les projections par des partitions originales. Celle des frères Khoury est en tout point admirable : https://www.imarabe.org/fr/boutique/produit/les-aventures-du-prince-ahmed

En bonus, un extrait de la répétition du ciné-concert : https://www.youtube.com/watch?v=CyC-viCKgS

Les Aventures du Prince Ahmed est inscrit au catalogue du dispositif national Ecole & Cinéma. Retrouvez la fiche « en famille » sur la plate-forme Nanouk.

De nombreuses ressources pédagogiques autour de ce film sont disponibles sur Internet.