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Fiche rédigée par  Marie Horel Avatar de Marie Horel

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Synopsis

Dans un village de Malaisie aux mœurs traditionnelles, Orked, une jeune fille de 10 ans, et ses parents se distinguent des autres habitants par leur façon de vivre, libre et rieuse. Lorsque Muksin, un jeune garçon un peu plus âgé, arrive au village, les deux jeunes gens vont passer l’été ensemble, à l’âge où amitié et amour se donnent la main.

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L'avis de Benshi

Avec Orked et sa famille, des personnages épris de liberté, et le jeune Muksin, ce garçon qui vient d’ailleurs, ce film malaisien donne à voir, avec tendresse, audace et humour, une réalité autre que celle de la Malaisie traditionnelle.

Le sentiment amoureux est le sujet central du film : alors qu’il est passionnel et complice chez les parents d’Orked (très amoureux, la cuisinière, qui occupe la place de la grand-mère, rapporte qu’ils vont jusqu’à prendre des bains ensemble), il est naissant et complexe chez les jeunes Orked et Muksin, qui l’expérimentent surtout par le plaisir d’être ensemble, à travers leurs jeux, leurs balades. Cependant, alors que le jeune garçon a des gestes et des regards emprunts d’amour, elle - peut-être aussi parce qu’elle est plus jeune - est plus insouciante. Elle ne prendra conscience de cet amour qu’au moment de la séparation, comme nous le fait entendre la voix off de Orked - narratrice plus âgée.

La confrontation entre tradition et modernité est également une clef de lecture. On peut prendre pour exemple une des premières scènes du film où Orked et sa mère dansent sous la pluie. Dans cette danse traditionnelle, la jeune fille introduit des gestes à la Uma Thurman dans Pulp fiction. On peut penser aussi à la séquence de lecture de textes religieux, filmée comme un moment de vie et de transmission.

Ce regard porté sur la société malaisienne, c’est celui d’une femme-réalisatrice dont le projet est de donner à voir une Malaisie libre et émancipée. Cette liberté rieuse est incarnée par le personnage d’Orked, rebelle et pleine de vie. Mais il s’agit aussi d’un personnage - métaphore des valeurs que porte le projet cinématographique de Yasmin Ahmad : Muksin vient clore, en effet, une trilogie, en grande partie autobiographique, construite autour du personnage d’Orked. Son caractère bien trempé, son indépendance, son audace (on pense à la scène du bus où la jeune fille jette le cartable de son camarade par la fenêtre), sont d’autant plus forts qu’ils sont le plus souvent perçus à travers le regard amoureux du jeune Muksin. Lui se fiche du qu’en-dira-t-on, l’effronterie de son amie, son côté « garçon manqué » l’attirent. La liberté et la complicité d’Orked et sa famille – visibles dès les premières séquences, à l’école et chez eux (la jeune fille ne porte pas de voile, la mère d’Orked a son franc parler et elle parle aussi en anglais) - contrastent avec le personnage de Muksin, abandonné par ses parents.

La mise en scène participe de la légèreté et de la tendresse du film : la caméra de Yasmin Ahmad prend son temps et privilégie le plan-séquence. Si Muksin donne à voir le quotidien d'un village malaisien, et en ce sens est traversé par la forme documentaire, il construit aussi de subtiles parenthèses de rêve, mais chut ! n'en disons pas plus.

Rare film malaisien à être parvenu jusqu’à nous, Muksin est une oeuvre méconnue à découvrir absolument !

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Pour quel public ?

L’audace, la tendresse et l’humour du film toucheront davantage les plus âgés des jeunes spectateurs, à partir de 8/9 ans. Ils pourront s’identifier aux personnages de Orked et sa famille et au jeune Muksin, tout en saisissant les enjeux de leur situation.

Bonnes raisons de voir le film

  • Parce que le film donne à voir une Malaisie émancipée, un univers quotidien et une autre image de l'Islam, en rupture avec la morale traditionnelle
  • Parce que le film met en scène la famille et les relations filles/garçons avec un humour, une audace et une tendresse bouleversants
  • Parce que la réalisatrice Yasmin Ahmad transforme une simple balade en vélo ou un trajet en voiture en moments de grâce
  • Pour le plaisir d’entendre la reprise de « Ne me quitte pas » de Jacques Brel chantée par Nina Simone

Infos complémentaires

Le film Muksin est le troisième volet d’une trilogie autobiographique que la réalisatrice a consacrée à sa jeunesse et à son enfance : Sepet (2004), Gubra (2006) et, enfin, Muksin en 2008. Le personnage principal est Orked, une jeune fille malaisienne. Alors que les deux premiers films sont davantage tournés vers l’adolescence, le troisième revient sur l’enfance de l’héroïne. Le personnage d’Orked ressemble à la réalisatrice mais emprunte aussi des traits de caractère de sa mère ou de sa sœur qui s’appelle elle-même Orked. La genèse du film s’inspire également d’un poème polonais intitulé "First Love", écrit par Wislawa Szymborska, prix Nobel de Littérature en 1996. Le texte dit que le premier amour est souvent moins tumultueux et passionné que les suivants, mais que c’est pourtant celui dont on se souvient toute sa vie.

Née en 1958 à Johor en Malaisie, Yasmin Ahmad fait des études de psychologie en Angleterre avant d’intégrer le milieu de la publicité où elle travaille sur de nombreux spots publicitaires pendant 25 ans. En 2002, elle réalise son premier film, My Failing Eyesight, en compétition au Festival international du film de Turin en 2003. Yasmin Ahmad est membre d’un mouvement de jeunes réalisateurs, véritable nouvelle vague émergente sur la scène internationale. Elle disparaît très tôt, en 2009, à l’âge de 51 ans.

La musique, de toutes origines et de tous styles, y compris traditionnel, occupe une place très importante dans le cinéma de Yasmin Ahmad. Ici, elle joue souvent un rôle métaphorique de la liberté et de la volonté d’émancipation qui habitent les personnages. Certaines scènes fortes du film, dans lesquelles les personnages jouent ou écoutent de la musique, se construisent autour de l’atmosphère qu’elle installe, drôle, triste ou tendre : on peut penser ainsi à la scène bouleversante où les parents d’Orked et leur fille dansent sur l’air de « Ne me quitte pas » de Brel interprété par Nina Simone, observés du dehors par le jeune Muksin. A propos de ses choix musicaux, la réalisatrice confie : "Quand j'écris un scénario ou tourne un film, je pense plus aux émotions des personnages qu'à la culture ou la tradition. Du coup, je choisis les musiques en fonction des émotions qu'elles dégagent sans tenir compte de leur origine ou de leur langue. C'est pourquoi vous trouverez Mozart, Bach, Beethoven, Schumann et Dvorak à côté de musiques malaises, indiennes, indonésiennes, de pop thaï ou hongkongaise des années 70. Le fait que beaucoup de spectateurs du monde entier notent cet éclectisme dans mes sélections musicales - sans m'en faire le reproche - m'encourage à continuer de choisir les musiques de cette façon".

Muksin a été récompensé au Festival du film de Berlin en 2007 par le Prix spécial du jury international, et d'une mention spéciale du Jury d'enfants.

Pour aller plus loin

Sur le lien, vous trouverez de riches informations sur le film.

Le personnage d’Orked et sa famille qui ont soif de liberté, qui rient et contournent certains aspects austères de la société malaisienne, font dialoguer ce film avec des longs métrages comme Wadjda de Haifaa al-Mansour ou encore Hors jeu de Jafar Panahi, audacieux dans le portrait qu’ils dressent de jeunes filles cherchant à s’affranchir d’une société patriarcale. On peut aussi penser à la réalisatrice Euzhan Palcy et son film Rue Cases-Nègres. Le caractère frondeur d'Orked peut aussi faire penser à Laure/Mickaël dans Tomboy pour tisser un fil-rouge plus universel autour de la quête d’identité.

L’amour adolescent et les relations filles/garçons sont beaucoup traités dans la littérature jeunesse. Parmi tous les titres que les sites Ricochet (tapez « Liberté ») ou Babelio conseillent, deux romans dialoguent particulièrement bien avec le film : Monelle et les footballeurs de Geneviève Brisac et L’Eté des becfigues de Eglal Errera. Le premier raconte la vie de Monelle, qui, comme Orked, aime le foot, et se moque que ce soit un sport de garçon ! Le second raconte la relation amoureuse entre les jeunes Rebecca et Dahoud.