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Pépé le morse

  • De Lucrèce Andreae
  • 2017
  • 14 min

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Catégorie : Le sens de la vie  

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À partir de 7 ans

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Fiche rédigée par  Alice Rabourdin Avatar de Alice Rabourdin

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Synopsis

Sur une plage sombre et venteuse, une famille avance en file indienne pour rendre un dernier hommage à Pépé. Les soeurs semblent indifférentes, maman hurle, Mémé prie et Lucas se sent seul, pas trop concerné par la mort de son grand-père. C’est alors que des choses étranges se produisent…

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L'avis de Benshi

Ce court métrage, par son originalité et sa poésie, permet d’aborder la question du deuil d’une manière à la fois sensible et fantastique. Pépé vient de mourir, et toute la famille - la grand-mère, la mère et les quatre petits-enfants - sont réunis pour lui rendre hommage, dans un contexte un peu surprenant. Le cadre dans lequel vont évoluer ces personnages endeuillés sort du quotidien. Nous ne sommes pas dans un cimetière ou chez cette famille, mais bien sur une grande plage vide, venteuse, au ciel gris. C’est la grand-mère, sans cesse en train de prier, qui impose cet endroit à toute la tribu pour construire un autel de sable (et de mégots) pour son défunt mari. Pendant qu’elle se lance dans cette tâche laborieuse, les autres s’ennuient et sont donc confrontés à eux-mêmes. Comme tout le monde se moque de cet autel qui relève plus de la superstition que d’autre chose, chacun vaque à ses occupations. La mère ne cesse de hurler, les soeurs se recouvrent de sable, Lucas explore les dunes et le petit dernier est fasciné par une flaque d’eau.

La réalisatrice joue avec la frontière entre rire et tristesse, en nous rappelant que dans une situation comme celle-là, la famille est une valeur très importante. Lucrèce Andreae nous raconte : « Qu’est-ce que c’est une famille, quand on ne s’est pas choisi les uns les autres, qu’on a des âges complètements différents, des manières de voir les choses complètement différentes, quand ça pète, quand ça se consolide, quand on a besoin des autres, quand on veut plus les voir » (cf. interview Arte). C’est donc une manière très particulière d’aborder le deuil, sans drame ni exubérance, et avec pas mal d’humour.

Une des particularités de ce court métrage réside également dans son aspect fantastique. A plusieurs moments, le récit dérive vers des séquences qui pourraient s'apparenter à des sortes d'hallucinations : des bulles dans l’eau, des plantes qui poussent et attachent les soeurs, et un morse personnifié. Mais pourquoi un morse ? Lucas explique : « Un copain m'a dit qu'en Russie, il y a des espèces de gros types qui passent leur vie à bronzer, même quand il fait froid. On les appelle les morses ! Je crois que Pépé, c'était un morse. Et maintenant il est mort. ». Ces visions surréalistes symbolisent ce moment où chaque personnage, en l’occurence les enfants, se retrouve seul face au deuil. La représentation de l'absence est ici très belle, portée par l’imagination des enfants. En mêlant fantastique et réel, Lucrèce Andreae réussi à donner une certaine tonalité au récit, très poétique.

La poésie est également présente au niveau de l’animation. Les décors sont peints à l'aquarelle, avec des couleurs douces, laissant deviner le grain du papier. A l’inverse, tout ce qui bouge - les personnages, les mouettes, la mer, les herbes - est fait en animation numérique 2D. Ce savant mélange visuel accentue l’aspect poétique de cette belle et surprenante histoire.

Le spectateur chemine avec les personnages sur cette grande plage, les accompagne dans leur imaginaire et les soutient dans leur deuil. Un court-métrage essentiel à montrer aux grands enfants, dès 11-12 ans, pour parler de la subjectivité du deuil et des émotions. 

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Pour quel public ?

Nous recommandons Pépé le morse à partir de 11/12 ans. La part fantastique de ce récit, a priori très réaliste, peut être impressionnante pour les plus jeunes. Par ailleurs, le langage fleuri et particulièrement vulgaire de certains personnages pourrait déranger et irriter les oreilles trop jeunes ou trop sensibles.

Bonnes raisons de voir le film

  • Pour la thématique du deuil, souvent délicate à aborder, ici sublimée par le pouvoir de l'imagination et des croyances
  • Pour la part de fantastique née de l’imaginaire des enfants, symbolisant leur confrontation à l’absence
  • Pour l'univers poétique et les très beaux décors à l'aquarelle

Infos complémentaires

Lucrèce Andreae est diplômée de la fameuse école d’animation des Gobelins et son film de fin d’études Trois petit points, remporte en 2011 le prix spécial du jury au Festival d’Annecy. Elle intègre ensuite l’école de La Poudrière où elle réalise Cocon, Shoes de lose et Changement de cap (films lauréats du concours Canal J, Les espoirs de l'animation 2012) et Les mots de la carpe, film de fin d’études soutenu par Arte (2012). Son premier court métrage professionnel est donc Pépé le morse, qui a reçu le César du meilleur court métrage 2018, un prix bien mérité après quatre ans de travail ! Lucrèce Andreae se confie : « Après ce film je me suis dit : plus jamais je fais de l’animation c’est infernal ! Je me suis arrachée les cheveux et j’ai beaucoup souffert, et j’ai aussi des retours de gens qui ont été touchés par mon film et ça me donne envie de faire autre chose. » (interview à Annecy 2017). 

Pour aller plus loin

Lucrèce Andreae se dit beaucoup influencée par l’univers de Miyazaki (Mon voisin Totoro, Le voyage de Chihiro...) et il est vrai que le fantôme de Pépé dans ce film, son apparition un peu mystique, peut nous rappeler certains personnages, aussi effrayants que fascinants, de Miyazaki.

Vous trouverez ici le Tumblr du film, avec tout en bas de la page les dessins préparatoires !