Keaton en quatre

Keaton en quatre

Réalisé par Buster Keaton et Eddie Cline
Durée : 1h25
| 09 août 2017
Ma note :
Keaton en quatre Rétrospective Buster Keaton

Malec champion de tir (The High Sign)
Edward Cline, Buster Keaton - Etats-Unis - 1921 - 21 min
Malec est engagé dans un stand de tir qui sert de repère à des gangsters.

Malec l’insaisissable (The Goat)
Buster Keaton, Malcolm St. Clair - Etats-Unis - 1921 - 23 min
Confondu avec un criminel en fuite, « Dead Shot Dan », Malec fait de son mieux pour échapper à la police.

Frigo Fregoli (The Play House)
Eddie Cline, Buster Keaton - Etats-Unis - 1921 - 22 min
L'employé d’un théâtre sème le chaos dans un spectacle.

Frigo déménageur (Cops)
Eddie Cline, Buster Keaton - Etats-Unis - 1922 - 19 min
À la suite d’un quiproquo, un homme en quête de respectabilité se voit poursuivi par des policiers de plus en plus nombreux.

Ce programme se compose de quatre courts métrages réalisés entre 1920 et 1922, dans lesquels on retrouve le personnage incarné par Buster Keaton, tel que dans la grande tradition du burlesque, quand le réalisateur se confond avec son personnage à l’écran. On pensera ainsi aux plus connus de ces réalisateurs emblématiques du cinéma burlesque, et contemporains de Buster Keaton : Charlie Chaplin et Harold Lloyd. A la différence de ces derniers, Keaton incarne un personnage dont l’extrême mobilité du corps n’a d’égale que l’impassibilité de son visage.    

Le premier carton nous le présente ainsi : « surgi de quelque part, notre héros n’allait nulle part, après avoir été chassé d’ailleurs. ». C’est effectivement un personnage poursuivant, et le plus souvent poursuivi, que mettent en scène ces quatre films. Il traverse littéralement l’espace, celui du décor, à l’horizontale comme à la verticale, crevant les parois entre les murs et les étages, disparaissant dans une trappe, provoquant le défoncement d’un immeuble par un ascenseur qui en sort comme un diable de sa boîte. Si le cadre est toujours fixe, les trouvailles visuelles sont nombreuses, parfois proches du Surréalisme ou de l’absurde. On retiendra notamment un plan divisé en quatre pour autant de pièces d’une maison que traversent les personnages, ou un théâtre dans lequel spectateurs et musiciens sont tous joués par Buster Keaton, hommes, comme femmes et enfants.

Et c’est bien sûr également l’espace du cadre que le personnage traverse le plus souvent à un rythme effréné, en voiture, à cheval, en train, au pas de course ou projeté dans les airs… Car si la chute est emblématique du burlesque, c’est pourtant ici un personnage qui rebondit, qui saute et s’élance au moins autant qu’il tombe, devant la nécessité de changer continuellement d’espace et d’identité… Nous suivons ainsi ses tribulations qui, au fil des travestissements, des impostures et des malentendus, font successivement de lui un champion de tir, un garde du corps, un truand, l'employé d'un théâtre, un amant éconduit…   

Nulle part et toujours ailleurs… pour notre plus grand plaisir de spectateur !    

L'humour de Keaton, subtil et implicite, d'autant qu'il n'est souligné par aucune expression du visage, est difficile à saisir avant 6 ans. De plus, certains intertitres sont nécessaires à la compréhension des intrigues, même si elles sont simples. Cependant, ceux-ci pourront être lus par les parents pour les lecteurs moins expérimentés !   

1
Pour (re)découvrir un classique du cinéma burlesque à travers quatre courts métrages restaurés
2
Pour revoir Buster Keaton à l'écran, émouvant et drôle
3
Pour le surréalisme et la beauté de certaines scènes : un théâtre envahi de multiples Buster Keaton, un ascenseur défonçant le sommet d'un immeuble tel un diable sortant de sa boîte...

Infos complémentaires

Les quatre courts métrages sont présentés dans le programme selon la chronologie de leur sortie. Toutefois, le rythme de production étant assez soutenu, l'intervalle entre chacun des films n'est que de quelques mois. Buster Keaton a tourné dans de nombreux courts métrages avant de devenir lui-même l'auteur des films dans lesquels il joue, pouvant ainsi expérimenter son personnage et l'art de la mise en scène : " Les comédies en deux bobines que Keaton tourne entre 1920 et 1923 sont un incroyable laboratoire où il développe son univers comique en toute liberté. Il expérimente sans limite et affine son personnage, sa façon de concevoir et de tourner les films, d’utiliser la caméra et le montage au service de son art du burlesque." (Serge Bromberg, créateur de Lobster Films, qui s'est occupé de la restauration de ces films).

On pourra noter que l'un des courts métrages du programme, Malec champion de tir (The High Sign), est d'ailleurs le premier film que Buster Keaton a lui-même réalisé. Mais il n'est sorti qu'un peu plus tard car Buster Keaton n'en était pas content. La critique et le plublic furent pourtant d'un autre avis, le New York Times le qualifiant à l'époque "d'irrésistiblement drôle". On se rangera volontiers à ce dernier avis !

Les quatre courts métrages qui ressortent au cinéma cet été 2017 ont donc bénéficié d'un long processus de restauration, nécessitant la recherche et la sélection, pour chaque plan, des copies les mieux conservées dans les cinémathèques, centres de documentation et d'archives. Un travail de fourmi dont nous pouvons aujourd'hui nous délecter du résultat ! 

Pour aller plus loin

On pourra bien sûr visionner d'autres films de Buster Keaton, ainsi que de ses illustres contemporains, Charlie Chaplin et Harold Lloyd, présentés sur Benshi, mais également ceux de Jacques Tati, grand héritier de Buster Keaton qu'il admirait profondément.

Un livre rédigé par une rédactrice de Benshi, Hélène Deschamps, permettra également de prolonger la découverte de l'oeuvre de Keaton : Le Mécano du cinéma (Editions A Dos d'âne). 

On peut aussi consulter le site transmettrelecinema qui propose une biographie de Buster Keaton ainsi que différents outils, vidéos et ressources autour de ses films.

Enfin les plus intéressés pourront consulter le site en anglais assez exhaustif.

 

Fiche rédigée par Anne-Sophie

Discussion