La Belle et la Bête

La Belle et la Bête

Réalisé par Jean Cocteau
Durée : 1h36
| 1945 | France
Ma note :

Il était une fois un marchand ruiné qui vivait avec ses trois filles, Félicie, Adélaïde et Belle, et son fils, Ludovic. Une nuit, alors qu'il s'est égaré en forêt, le marchand se retrouve dans un mystérieux château. Il est surpris par la Bête, le propriétaire du domaine à l’apparence mi-homme mi-bête, cueillant une rose pour l'offrir à Belle. Le châtelain condamne alors le marchand à mort, à moins qu'une de ses filles consente à mourir à sa place. Afin de sauver son père, Belle part vivre au château de la Bête.

La Belle et la Bête est tout simplement un film merveilleux. Merveilleux au sens « fantastique » du terme, avec tous les éléments magiques qu'il comporte et que l'on peut attendre d'un conte. Mais merveilleux surtout dans la façon de raconter cette histoire, adaptée du très célèbre conte de Mme Leprince de Beaumont, et de créer de la magie avec du réel, sans aucun effets spéciaux, juste de simples trucages réalisés au tournage. La Belle et la Bête est sans aucun doute un film de poète, écrit à l'encre de la lumière. Cette poésie visuelle, on la doit notamment au grand Henri Alekan, alors au sommet de son art, et à sa maîtrise absolue du clair-obscur, ainsi qu'aux nombreuses références picturales (Johannes Vermeer, Rembrandt, Gustave Doré...) qui créent un univers tantôt réaliste, tantôt fantastique.
Jean Marais y est tout aussi majestueux. Même si son jeu peut aujourd'hui paraître un peu surfait, il incarne le rôle de la Bête avec beaucoup de profondeur, inspirant à la fois répulsion, tendresse et sympathie, et soulignant d'autant plus le contraste avec la douce et charmante Belle.
Cocteau nous transporte ainsi dans un univers où l’irréel devient réel, où la laideur devient beauté. Il nous apprend à regarder autrement et à croire à « l’incroyable ».
Un très grand film de cinéma qui ne cesse d'émerveiller et d'étonner les enfants, autant qu'il fascine les adultes. Il mérite tout particulièrement d'être vu sur un grand écran, surtout depuis sa récente restauration qui rend au film toute sa grandeur et sa puissance visuelle. A voir (et à revoir) absolument, dès 6 ans...

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La poésie visuelle : les clair-obscurs d'Henri Alekan et les nombreuses références picturales.
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Les trucages fantastiques réalisés directement au tournage et le maquillage impressionnant de la Bête (3h de maquillage par jour uniquement pour le visage et 1h pour chaque main).
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Les décors et les costumes.
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Le subtil mélange de merveilleux, de mystérieux, d'étrange, d'onirisme et de réalisme.

Infos complémentaires

La Belle et la Bête a été réalisé entre 1945 et 1946, au lendemain de la guerre, dans un pays où la survie matérielle allait bien vite devenir un problème angoissant (l'année 1946 connaîtra la famine). Le cinéaste a dû faire face à de nombreux problèmes d'ordre logistique et technique : des arrêts de travail forcés dus aux pannes d'électricité incessantes, des grèves et des difficultés d'approvisionnement de toutes sortes.
Sur un plan plus personnel, Cocteau, qui partageait la vie de Jean Marais à l’époque du tournage, devait lutter contre son addiction à l’opium. Il souffrait également de graves affections de la peau qui ne s'arrangèrent pas sur le tournage. La lumière des projecteurs le blessait et le réalisateur travaillait avec un chapeau sur lequel il fixait un linge noir percé de deux trous pour les yeux. Un médecin exigea qu'on l'hospitalise au plus vite à Pasteur car il pouvait mourir sous quarante-huit heures d'un empoisonnement du sang. Jean Cocteau tint tout de même à finir le film lui-même.
Jean Marais, lui, était mobilisé à l'époque mais Jean Cocteau obtint du général Leclerc une permission spéciale pour que l'acteur puisse tourner. Jean Marais devait en contre-partie signer toutes les semaines une feuille de présence aux Invalides à Paris. Il rejoignit sa division en Allemagne à la fin du tournage.

Pour aller plus loin

Durant presque tout le tournage, Jean Cocteau a tenu un journal dans lequel il notait au jour le jour ses idées et ses difficultés : « La Belle et la Bête, journal d'un film » de Jean COCTEAU, 1946, Editions du Rocher  

Dossier sur la restauration du film sur le site de la Cinémathèque : http://www.cinematheque.fr/fr/musee-collections/actualite-collections/restauration-numerisatio/restauration-belle-bete.html  

Interview de Jean Marais à propos de La Belle et la Bête : http://www.ina.fr/video/I08282574/jean-marais-a-propos-du-tournage-de-la-belle-et-la-bete-video.html


La Belle et la Bête est inscrit au catalogue du dispositif national Ecole & Cinéma. Retrouvez la fiche "en famille" sur la plateforme Nanouk

Fiche rédigée par Nadège

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