Moonrise Kingdom

Moonrise Kingdom

Réalisé par Wes Anderson
Durée : 1h34
| 2011 | Etats-Unis
Ma note :

Synopsis

Sur une petite île au large de la Nouvelle-Angleterre, au cœur de l’été 1965, Suzy, aînée de quatre enfants et fille d'avocats, et Sam, orphelin et fier khaki scout, douze ans, décident de s'enfuir à l'aventure pour pouvoir vivre leur amour.

Tous les habitants de l'île se mobilisent pour les retrouver, mais Suzy et Sam sont bien décidés à ne pas rentrer malgré la violente tempête qui s'approche...

L'avis de Benshi

Moonrise Kingdom est le septième long métrage de Wes Anderson, figure emblématique du cinéma indépendant américain. Comme à son habitude, il nous propose une histoire qui frôle le surréalisme et une galerie de personnages décalés, à la fois drôles, mélancoliques et tourmentés, dans un monde à part.

Wes Anderson est un artisan. Le soin apporté à chaque plan, à chaque détail de ses films, est incroyable. La maison de Suzy par exemple qui ressemble à une maison de poupée, que l'on voit pour la première en plan de coupe. La caméra parcourt la maison en nous montrant chaque pièce, nous faisant ainsi découvrir les personnages et leurs objets fétiches, comme le tourne-disque de Lionel, les livres de Suzy ou le mégaphone de Mme Bishop.

Le film se passe sur une petite île de la Nouvelle-Angleterre. Wes Anderson raconte qu’ils ont fait le tour de nombreuses îles pour trouver celle qui convenait, y compris pour le décor de la maison. Ils ont finalement fait un mélange de ces différentes îles et de différentes maisons visitées. La plupart des décors sont naturels – l’église qui est une des plus vieilles des Etats-Unis – ou construits pour le film - la cabane dans l’arbre, dangereusement haute -. Seuls certains effets spéciaux, comme les scènes de tempête, ont été recréés par ordinateur. Parce que Wes Anderson, dont le film précédent, Fantastic Mr. Fox, est un film d’animation, préfère les trucages artisanaux, les effets de perspective ou l’utilisation de miniatures et de maquettes à l’utilisation d'effets spéciaux numériques.

Au-delà du soin apporté aux décors et aux costumes, chaque plan est soigneusement calculé. Un des éléments essentiels du cinéma de Wes Anderson est la symétrie intrinsèque à la plupart de ses plans, l’organisation de ceux-ci, et les mouvements de caméra qui déplacent l’attention du spectateur, s’éloignent ou se rapprochent, tel ce plan dans la séquence d’ouverture, dans lequel nous passons derrière la fenêtre et où la caméra s’éloigne au son de la musique d’Henry Purcell depuis les jumelles de Suzy jusqu’à une vue d’ensemble de l’île. Cette symétrie et ce travail sur les couleurs donnent lieu à des images mémorables et uniques comme celle du tourne-disque au bord de l’eau…

Mais ce n’est pas seulement dans son côté formel que Moonrise Kingdom vaut la peine d’être vu. Il nous parle aussi des premiers émois amoureux, de l’adolescence, de l’impression d’être incompris, de la famille. Il inverse les rôles, les enfants se comportant plus comme des adultes que les adultes eux-mêmes, désemparés, tristes et seuls. Ce sont les enfants qui prennent leur destin en main, se gèrent seuls – Sam, parfait khaki scout, toujours prêt – et redonnent espoir aux adultes dans une happy end tant attendue.

Moonrise Kindgom est peut-être le film de Wes Anderson le plus touchant et le plus enthousiasmant par son énergie et sa confiance en une jeunesse qui croit en elle-même.

 

Pour quel public

Dès 8 ans. Moonrise Kingdom est avant tout un film d'aventures dans lequel les enfants de 8 à 12 ans pourront s'identifier aux héros, s'amuser, trembler, aimer avec eux...

 

Bonnes raisons d'aller voir le film

1
Pour la bande-originale du film qui lui donne un ton dramatique et épique pile aux bons moments
2
Pour cet humour décalé et pince sans rire inimitable que l'on retrouve dans tous les films de Wes Anderson
3
Pour le personnage du narrateur, qui nous rappelle sans cesse que nous sommes dans un film
4
Pour le casting incroyable que nous offre le réalisateur

Infos complémentaires

Les deux acteurs principaux - interprètes de Suzy et Sam - apparaissent pour la première fois à l'écran. Anderson raconte qu'il a su dès leur première audition que ce seraient eux qui auraient le rôle car ils étaient capables de dire leur texte spontanément, là où les autres enfants ne faisaient que réciter.

La cabane dans l'arbre a été construite en vrai et pas en miniature. Il a fallu mettre deux troncs d'arbre l'un au dessus de l'autre pour avoir la bonne hauteur. La cabane a ensuite été construite à la moitié de son échelle.

Au tout début du film, si on est attentif, on peut voir tous les lieux du film représentés en broderie. Wes Anderson a eu cette idée en voyant une broderie de l'église dans l'église elle-même et a décidé de l'utiliser et d'en faire d'autres.

Pour aller plus loin

The Wes Anderson Collection, Matt Zoller Seitz, Abrams, New-York,  2013, 327 p.: Livre d'entretiens approfondis avec le réalisateur sur tous ses films jusqu'à Moonrise Kingdom.

Le réalisateur dit avoir été influencé notamment par les films suivants pour réaliser le film:

- Charulata de Satyajit Ray (1964)

- Fenêtre sur cour d'Alfred Hitchcock (1954)

- Melody de Warris Hussein (1971)

Fiche rédigée par Jeanne

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