Zéro de conduite

Zéro de conduite

Réalisé par Jean Vigo
Durée : 42 min
| 1933 | France
Ma note :

Synopsis

Les vacances se terminent et il est temps pour les collégiens de regagner leur pensionnat, un lieu sans joie où les professeurs, des adultes obtus, leur infligent des punitions sévères et les privent de liberté et de créativité. Quatre d'entre eux, punis avec un « zéro de conduite », décident de se rebeller, avec la complicité d'un nouveau surveillant, Huguet, plus proche de la mentalité des jeunes que de celle, rigide, des autres adultes.

L'avis de Benshi

Récit d'une guerre d'indépendance ou d'une évasion qui met en scène l'indiscipline de collégiens face à des adultes absents sinon pervers, peu bienveillants et sans aucune autorité, Zéro de conduite est un film impertinent, révolté et insolent, à l'image de son jeune réalisateur. Imprégné par le souvenir de son père anarchiste, de ses années de collège et du journal qu'il y avait tenu, le film ne se réduit pas pour autant à une simple trace autobiographique. Il concentre toute la rébellion de son auteur contre les institutions sociales et cinématographiques. C'est également un film drôle, parcouru de séquences burlesques et fantaisistes, avec un extraordinaire parfum de liberté et d'anticonformisme. Jean Vigo nous emmène toujours là où on ne l'attend pas, bien loin de ce que l'on pourrait imaginer d'un film se déroulant dans un collège. Fourmillant de trouvailles, de pirouettes et de séquences jubilatoires – la bataille de polochon, le drapeau de pirates hissé sur le toit, la scène du train ou de la virée en ville - le film nous touche au plus profond de l'enfance.
Son utilisation des ralentis, de l'animation ou des trucages photographiques à la Méliès démontre une maîtrise absolue du cinéma, l'équilibre parfait entre réalisme et esthétisme. Jean Vigo, « cinéaste-cinéphile », semble avoir assimilé pleinement les courants qui l'ont précédé - pionniers du cinéma, burlesque, surréalisme, Expressionnisme allemand, ... - tout en préfigurant les aspirations des générations suivantes et notamment de la Nouvelle Vague. Zéro de conduite a le charme poétique du cinéma muet et le génie du cinéma parlant ; c'est une œuvre majeure et impérissable qui influencera bon nombre de cinéastes après lui ; un film qui étonne autant qu'il questionne... à (re)découvrir absolument.

Pour quel public

Zéro de conduite a le mérite de s'adresser aussi bien aux adultes qu'aux enfants : les plus jeunes y verront un film de pirates, une grande fête et des enfants livrés à eux-mêmes dans un contexte où l'autorité est complètement absente, tandis que les adultes apprécieront l’œuvre d'un grand cinéaste, pièce maîtresse de l'Histoire du Cinéma.

Bonnes raisons d'aller voir le film

1
L'audace artistique osant l'expérimentation tout en faisant preuve d'un réalisme étonnant.
2
Le ton espiègle et libertaire.
3
La photographie exceptionnelle de Boris Kaufman.

Infos complémentaires

Zéro de conduite est le troisième court métrage de Jean Vigo, réalisé alors qu'il n'a que 28 ans. Ce cinéaste est considéré comme le Rimbaud ou « l'étoile filante » du cinéma car il meurt d'une septicémie à l'âge de 29 ans, après la réalisation de son premier et unique long métrage, L'Atalante. Si l'ensemble de son œuvre ne dépasse pas les 3h, elle a cependant laissé une trace impérissable dans l'histoire du cinéma, influençant bon nombre de cinéastes dans les générations suivantes.

Jean Vigo est le fils d'un militant et journaliste anarchiste, Eugène Bonaventure Vigo, plus connu sous le pseudonyme de Miguel Almereyda (anagramme de « y'a de la merde »). Toute son œuvre semble profondément marquée par la mort dramatique et énigmatique de ce père, « suicidé » en prison en 1917, dont il gardera un puissant sentiment d'injustice et de révolte. Orphelin réfugié chez ses oncles et tantes puis baladé de collège en collège sous un faux nom, Jean Vigo n'aura de cesse de rendre hommage à ce père disparu trop tôt, imprégnant tous ses films de cet héritage libertaire. Le fameux « je vous dis merde » lancé par le jeune Tabard à son professeur étant d’ailleurs inspiré du titre d’un éditorial de son père, paru en 1912.

Zéro de conduite a été tourné en seulement sept jours, entre Noël 1932 et janvier 1933. L'institution scolaire dans laquelle se déroule le film y apparaît répressive et fermée. Lors de sa première présentation en 1933, le film est alors jugé « anti français », « attentatoire au prestige du corps enseignant français » et, sous la pression des Pères de famille organisés, est interdit de diffusion en salle. Il n'obtiendra son visa d'exploitation qu'en 1945, après la Libération.

La plupart des acteurs de Zéro de conduite sont non professionnels : un ami, instituteur dans le 19ème arrondissement de Paris, lui fournit quelques gamins aux trognes insolentes. Quant aux adultes, ils émanent presque tous de l’entourage proche du cinéaste : la cuisinière du collège, la tenancière du bistrot d’à côté, Jean Dasté, le copain de toujours, et le gérant de l’immeuble du cinéaste, qui, un soir, frappa chez Vigo pour lui demander s’il pouvait faire moins de bruit. « Vous tombez bien, justement, je cherchais un rabat-joie pour jouer un pion dans mon film ! », répondit le fêtard au râleur.

Pour aller plus loin

La censure au cinéma en France : http://www.sciencespo.fr/bibliotheque/statique/censure-cinema/france/index.html  

Dossier complet sur la vie et l’œuvre de Jean Vigo http://cinema.krinein.com/zero-conduite-dossier-jean-vigo-1905-1934/  

François Truffaut à propos de Zéro de conduite et l'Atalante : http://www.youtube.com/watch?v=hzfvYSIIgyc

Zéro de conduite est inscrit au catalogue du dispositif national Ecole & Cinéma. Retrouvez la fiche "en famille" sur la plateforme Nanouk

Fiche rédigée par Nadège

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